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4. Biographie de Harvey J. Irwin

Ma carrière en parapsychologie
dimanche 4 mai 2008.
 
Bien que ma retraite officielle de l’Université de Nouvelle Angleterre, en Australie, ait limité dans une certaine mesure les opportunités pour moi d’entreprendre des recherches expérimentales, je continue  suivre l’évolution du secteur de la parapsychologie et  participer  des activités éditoriales et  d’autres aspects de la vie académique. En rédigeant cette courte autobiographie professionnelle, j’espère que mon intérêt continu pour la scène contemporaine et la perspective offerte par près de trente ans d’implication en parapsychologie pourra servir comme source potentielle de conseils pour quiconque est curieux d’avoir un aperçu de la vie d’un parapsychologue académique.
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Harvey J. Irwin, Ph.D

Au dbut des annes 1960, j’ai obtenu mon premier diplme en science, me spcialisant en psychologie l’Universit de Sydney. A la fin du lyce, ma premire aspiration avait t de devenir professeur en mathmatiques pour des tudiants du secondaire et donc mon inscription l’universit tait centre sur les sciences de base : mathmatiques, physique et chimie. En premire anne d’universit on exigeait quatre matires, aussi j’avais pens complter les trois sciences de base avec une unit en philosophie, puisque j’avais entrepris quelques lectures prliminaires dans cette discipline au cours de mes annes de lyce. Au cours du trajet en train vers la session d’inscription, toutefois, des amis m’ont suggr qu’un secteur d’tudes appel « psychologie » pourrait m’tre plus utile dans mes aspirations d’enseignement que ne le serait la philosophie. C’est ainsi qu’une conversation occasionnelle avec mes pairs devait avoir un impact dcisif sur ma carrire future. Ds les premires semaines de cours, j’ai dcid que la psychologie constituait mon intrt acadmique primordial et bien que j’aie termin les autres cours en science et sois mme devenu enseignant en mathmatiques, profession que j’ai exerce pendant plusieurs annes afin d’acquitter les obligations de ma bourse d’tudes, je suis all, au dbut des annes 1970, entreprendre des recherches doctorales au Dpartement de Psychologie l’Universit de Nouvelle Angleterre (UNE) sur le sujet « comment les gens sont slectivement attentifs un aspect de leur exprience visuelle et ignorent apparemment les autres aspects ».

Dj, vous devez vous demander comment la parapsychologie s’est manifeste au milieu de ces considrations. Durant mes premires annes d’tude, je n’avais mme jamais entendu parler de parapsychologie ; certainement le sujet de l’ESP n’avait jamais t abord par aucun de mes professeurs ni dans aucune des lectures imposes l’Universit de Sydney. Au milieu des annes 1970, toutefois, l’exprimentation avec des drogues psychdliques par beaucoup de jeunes personnes (moi except toutefois) a conduit ce qu’on a appel « une explosion de conscience » et, ds lors, les tats de conscience, y compris ceux des expriences mystiques et parapsychologiques, sont devenus l’objet d’un grand intrt pour le public en gnral. En particulier aux Etats-Unis, un petit nombre de psychologues ont commenc considrer ces expriences comme un objet de recherche lgitime. Par hasard, tandis que je travaillais l’UNE, j’ai dcouvert qu’un collgue, le Dr. Maurice Marsh, venait de terminer un Doctorat l’Universit de Rhodes en Afrique du Sud sur les perceptions extra-sensorielles et qu’il faisait occasionnellement des exposs sur la parapsychologie dans ses cours de psychopathologie. La confluence de ces vnements m’a inspir quelques rflexions sur la manire dont les expriences parapsychologiques pourraient s’intgrer aux approches psychologiques contemporaines de la cognition. Puisant dans un modle de la cognition humaine driv de ma recherche sur l’attention slective, j’ai publi quelques articles thoriques et un livre sur la perception extra-sensorielle (ESP et psychokinse ou PK) en rapport avec le systme de traitement de l’information humain.

Par la suite, j’ai commenc une srie d’exprimentations plutt ambitieuses sur les aspects cognitifs du psi exprimental ; mais les tests psi par ordinateurs en vogue ce moment me rebutaient (et sans aucun doute rebutaient aussi mes sujets d’exprience) parce qu’ils taient fastidieux et abrutissants, de sorte que j’ai tourn mon attention vers l’tude de l’occurrence des expriences parapsychologiques dans la vie quotidienne et vers la nature de la croyance (ou de l’incrdulit) au paranormal.

Et qu’en est-il de mes croyances personnelles dans le paranormal ? Ceci constitue une source d’amusement intense pour certains de mes collgues parapsychologues, mais je me considre toujours agnostique cet gard. De plus, il n’y a pas de relle disparit entre mes ractions motionnelles (intuitives) et intellectuelles (rflexives) envers le paranormal. En fait, je n’ai aucune croyance sur le paranormal induite par mes expriences parapsychologiques personnelles (ou celles des autres) mais, je suis plutt content de fonder mes vues personnelles sur la base d’une valuation approfondie des recherches exprimentales (voir mon Introduction la Parapsychologie, cliquez ici). Et malgr l’ingniosit et le louable dvouement de nombreux parapsychologues pendant plusieurs dcades, l’existence des processus paranormaux reste toujours matire conjecture, me semble-t-il. Je n’endosse pas la rhtorique de mes collgues plus sceptiques qui rejettent les expriences psi en parlant d’une mthodologie irrmdiablement malsaine, mais je ne suis pas encore convaincu que les effets induits dans le laboratoire de parapsychologie sont ncessairement concluants pour l’existence des processus que nous appelons par exemple ESP ou PK. D’autres explications, telle que la notion jungienne de synchronicit, sont au moins aussi plausibles et jusqu’ ce que les parapsychologues puissent dterminer le mcanisme par lequel les informations psi sont transmises entre une source et l’exprimentateur, l’hypothse psi restera une option thorique plutt qu’un fait tabli.

Etant donn mon agnosticisme, il reste expliquer mon intrt initial pour la parapsychologie. Je dirais peut-tre par « Curiosit intellectuelle », mais une analyse plus approfondie devrait prendre en compte certains processus sous-jacents de ma personnalit. Consquence de ma formation de base l’Universit de Sydney, j’ai une sensibilit permanente pour les causes psychodynamiques du comportement humain. Ainsi, je dois me demander si les expriences de mon enfance peuvent rendre suffisamment compte de mon intrt parapsychologique.

Contrairement certains parapsychologues, je n’ai pas eu une enfance marque par des expriences parapsychologiques frquentes et diverses. Je me souviens d’une seule exprience de sortie-hors-du-corps alors que j’avais environ dix ans. Un soir humide Sydney je me suis tourn et retourn dans mon lit, essayant dsesprment de m’endormir mais sans y arriver, quand soudain j’ai eu l’impression que mon moi conscient tait localis prs du plafond au coin oppos de la chambre et regardant du haut vers mon corps sur le lit. J’ai ressenti un sentiment de surprise qu’une telle chose puisse se produire, et avec cette pense, l’exprience s’est immdiatement termine. A d’autres moments au cours de mon existence, j’ai rencontr occasionnellement des expriences apparemment extrasensorielles mais comme chacune d’entre elles pouvait aisment tre rejete comme concidence, elles n’ont certainement pas gnr suffisamment d’excitation intellectuelle pour inspirer le cheminement d’une carrire. Enfant, mes parents m’encourageaient assister « l’Ecole du Dimanche » pour l’instruction religieuse l’glise de la Congrgation, et pendant un court moment dans l’adolescence, j’ai eu un intrt pour la mtaphysique, mais il n’y avait pas de courant religieux fondamentaliste ici qui aurait pu plus tard tre converti en penchant pour le paranormal. Je suis heureux aussi de dire que mon enfance a t exempte de traumatismes et d’abus majeurs, facteur qui a t mis en relation par les chercheurs avec la croyance au paranormal. Parmi les caractristiques exprimentales identifies comme facteurs prdictifs d’une croyance au paranormal et des expriences parapsychologiques, la seule chose avec laquelle je puisse personnellement m’identifier est une tendance au fantasme, et inutile de le dire, je voudrais rationaliser cette propension sous la forme d’une riche imagination plutt que dans un mcanisme psychologique de dfense (encore que je sois prt discuter ce point).

Quelles que soient les origines psychodynamiques de mon intrt parapsychologique, elles ont d tre raisonnablement fortes pour maintenir mon implication en parapsychologie sur plus de trente ans. Etant donn la persistance de cet intrt, recommanderais-je quiconque de suivre mon exemple ? Pour des personnes disposant du niveau de comptence, de motivation et de dtermination requis, je peux dire « oui », mais non sans exprimer certaines restrictions importantes.

Plusieurs parapsychologues acadmiques ont fait l’objet de discriminations dans leur travail parce que leur domaine de recherche a t jug inacceptable ou embarrassant pour leurs collgues universitaires. Ces ractions ngatives peuvent voir un impact svre sur les perspectives des parapsychologues en termes de titularisation, promotion et financement de leurs recherches. Il y a eu des manifestations mineures de tels effets pendant ma propre carrire et mme si elles ont t irritantes sur le moment, je crois rtrospectivement qu’elles ont eu peu d’impact sur ma carrire, et ce pour plusieurs raisons.

D’abord, au cours de ma carrire, je me suis engag non seulement en recherche parapsychologique mais aussi dans une varit de projets psychologiques concernant des sujets comme les processus de cognition, la psychologie du deuil, la psychopathologie et le profiling criminel. Peut-tre ceci a-t-il t un moyen de rassurer mes collgues en leur prouvant que je n’tais pas quelque sombre occultiste avec l’intention de dshonorer mon propre dpartement universitaire et toute la psychologie en tant que science, bien que cet tat de trve relative se soit impos graduellement sur une priode de plusieurs annes.

Deuximement, aucun moment, je ne me suis fait l’avocat public d’une vision du monde paranormale ; « l’archtype du crois » n’est simplement pas une facette de ma personnalit, et plusieurs occasions, j’ai refus des demandes de journalistes pour une interview ou pour des dbats publics sur le paranormal. De toute faon, je n’ai jamais considr le rle du parapsychologue comme tant celui qui est implacablement la poursuite de la « preuve » du paranormal. Au contraire, j’ai toujours pens et me suis comport comme un scientifique impartial, investigateur selon des voies scientifiques d’hypothses concernant des phnomnes ostensiblement paranormaux. Sans doute, cette approche de la parapsychologie est insuffisante pour attirer les journalistes des mass media et les organisateurs des dbats publics, mais je crois que cela a jou un rle significatif dans ma survie acadmique. La seule tactique alternative qui puisse fonctionner ici semble tre celle qui consiste jouer le rle d’un sceptique dogmatique ; cette position attire les loges des collgues universitaires et galement des journalistes. Bien que l’extrme scepticisme ne soit pas un rle que j’aurais adopt en toute bonne conscience, d’autres universitaires en ont fait usage effectivement comme une justification de leurs intrts parapsychologiques.

Un troisime facteur de ma survivance acadmique fut mon engagement intensif dans la recherche exprimentale pour des raisons de fascination personnelle. Ainsi, je n’tais pas motiv pour courir derrire les grandes bourses de recherche qui auraient transform mon laboratoire en usine de recherche, dans laquelle les tches lourdes auraient t accomplies par une arme de subordonns industrieux. Les fonds relativement modestes allous par l’universit taient gnralement suffisants pour couvrir les frais de mes programmes de recherche, tant donn que j’tais prpar faire moi-mme une part importante du travail subalterne moi-mme. Toutefois aujourd’hui, dans un environnement de recherche de plus en plus comptitif, russir attirer des crdits importants est gnralement considr comme un critre essentiel pour l’avancement de carrire.

Enfin, parce que l’UNE est situe dans une petite ville rurale, loin des centres acadmiques nationaux et internationaux, j’ai probablement paru trop insignifiant pour devenir la cible principale d’une attaque provenant soit du mouvement sceptique ou de parapsychologues dont le programme parapsychologique diffrait du mien. Si j’avais travaill Sydney ou Melbourne, j’aurais pu devenir le centre d’un antagonisme plus important.

Embrasser une approche scientifique impartiale de la parapsychologie et maintenir un profil relativement bas ne peut pas garantir l’immunit par rapport la discrimination professionnelle, mais si les considrations qui prcdent concordent bien avec le style de l’aspirant parapsychologue, je peux affirmer qu’il est possible de russir une carrire minemment satisfaisante avec des intrts parapsychologiques associs davantage encore d’intrts dans le courant « mainstream ». Mes considrations videmment sont bases presque entirement sur l’exprience de la scne acadmique australienne, quelques facteurs diffrents peuvent s’appliquer d’autres contextes. Des personnes dont les besoins, les valeurs et les personnalits contrastent fortement avec les miens peuvent aussi avoir besoin de tenir compte de ces caractristiques. Nanmoins, j’espre que ce bref compte-rendu de ma propre carrire offre un peu de rconfort et d’inspiration.

Slection bibliographique

Irwin, H. J. (2006). The psychology of paranormal belief (Parapsychological Monographs No. 20). New York : Parapsychology Foundation.

Irwin, H. J. & Watt C. (2007). An introduction to parapsychology (5th ed.). Jefferson, N.C. : McFarland.

Irwin, H. J., & Young, J. M. (2002). Intuitive versus reflective processes in the formation of paranormal beliefs. European Journal of Parapsychology, 17, 45-53.

Irwin, H. J. (2001). Parapsychology as a career. Australian Journal of Parapsychology, 1, 2-8.

Irwin, H. J. (2000). The end : A view from parapsychology. In A. Kellehear (Ed.), Death and dying in Australia (pp. 342-354). Melbourne : Oxford University Press.

Irwin, H. J. (1985). Flight of mind : A psychological study of the out-of-body experience. Metuchen, N.J. : Scarecrow Press.

Irwin, H. J. (1979). Psi and the mind : An information processing approach. Metuchen, N.J. : Scarecrow Press.

L’IMI remercie Carlos Alavarado pour son aimable autorisation  traduire et publier un texte originalement présenté ici.