Imprimer cette page

7. Dubois d’Amiens et Broch de Nice : fonctions du sceptique

vendredi 29 juillet 2016. publié par, Renaud Evrard
 
Les controverses suscitées actuellement par la parapsychologie font écho à d’autres controverses s’étendant sur plusieurs siècles, dont celles sur le magnétisme, l’hypnotisme et les sciences psychiques. A la manière de l’historien Henri Ellenberger, le philosophe et sociologue Bertrand Méheust a retracé l’histoire de ces controverses, mais à la différence de ce premier, il a réinsufflé aux débats et aux conflits leur vivacité de l’époque. Ainsi, Méheust a montré comment le contexte socio-politique et intellectuel était fortement impliqué dans le traitement de ces questions, et comment différents événements, tels la découverte du somnambulisme artificiel par Puységur en 1784 ou encore la fermeture officielle de l’Académie de médecine au magnétisme animal en 1842 suite à « l’affaire Pigeaire », marquaient de véritables ruptures historiques et épistémologiques. Et parfois, certains événements précis - ou certains personnages - semblent être à la croisée de tous les courants d’une époque. En reprenant les analyses de Méheust [1] , nous nous pencherons sur le cas du médecin Frédéric Dubois d’Amiens (1799-1873) qui va jouer dès 1832 un rôle décisif dans l’histoire académique du magnétisme en tant que chef de file incontesté des antimagnétistes. Cet exemple historique devrait nous permettre de questionner les fonctions d’un tel « archétype », mis en avant pour son scepticisme militant. On pourra ensuite faire une comparaison avec le professeur Henri Broch (1950- ) que le contexte scientifique actuel tient pour une nouvelle incarnation de ce même scepticisme.

1832-1837 : La croisade antimagntique de Dubois d’Amiens :

28 juin 1831 : Aprs six ans de travail, le grand docteur Husson peut enfin lire les conclusions de la commission officielle dsigne par l’Acadmie de mdecine pour rtudier le magntisme animal. Devant l’assemble de l’Acadmie runie au grand complet, la conclusion gnrale affirme que le magntisme animal et tous ses phnomnes sont rels et utiles pour la mdecine et qu’on devrait encourager les recherches dans ce domaine. Malgr les prcautions oratoires, c’est le scandale. Mais l’assemble ne peut pas se rvolter ouvertement contre ses pairs, et rejeter un rapport qu’ils ont contresign. Le rapport Husson est alors enterr la sauvette, sa diffusion n’est pas autorise ce qui le condamne dormir dans les tiroirs de l’Acadmie [2].

Plus jamais a !

Plus jamais a devient le mot d’ordre de plusieurs mdecins opposs l’tude du magntisme. C’est alors que surgit l’homme du destin, en la personne de Frdric Dubois, un mdecin aminois qui, pour se distinguer de ses nombreux homonymes, ne manque jamais d’accoler son patronyme le nom de sa ville picarde. (Mheust, p.384). Dubois d’Amiens vient d’tre prim par l’Acadmie royale de mdecine de Bordeaux pour ses travaux sur l’hystrie : sa thorie est que l’hystrie correspond une surexcitation nerveuse de la matrice qui n’est cependant plus lie des passions sexuelles mais l’exquise sensibilit des femmes, trop maternelles (1830). Mais si ce provincial monte Paris en 1832, c’est que le temps est favorable au fougueux antimagntiste qu’est en vrit Dubois. S’il se fait remarquer par son rudition et par le sentiment des convenances acadmiques  [3] qui l’habite, sa mauvaise foi, sa perfidie, son intransigeance, son hostilit absolue et son parti pris contre le magntisme sont des traits de caractre que mme ses allis lui reconnaissent [4] . Notre aminois fera une carrire foudroyante dans ce crneau : ce n’est certainement pas l’ampleur de ses publications scientifiques qui lui vaudra de siger trente-sept ans l’Acadmie de mdecine, mais d’autres qualits fort apprcies de certains de ses collgues. S’il abandonne rapidement la pratique de la mdecine, son absence de nuance dans sa lutte idologique est juge digne d’une poque o le flau magntique ne doit plus tre mnag. Sa candidature est alors soutenue pour services rendus comme il sera dit par ailleurs. Mais quels services Dubois a-t-il bien pu rendre ?

Un pamphlet pour les gouverner tous

D’abord, Dubois publie un pamphlet en 1832 contre les magntistes et le rapport Husson. En guise de prambule, il proclame avoir lu et vu les uvres des magntiseurs, et se dclare en tat d’hostilit contre eux [5]. Il est mme rvolt par ce rapport qui compromet la rputation de graves personnages. Pour lui, un verdict a dj t prononc auquel on ferait bien de se tenir : en 1784, les deux Acadmies ont jug le magntisme immoral dans sa pratique, infidle dans ses promesses, fallacieux dans son but  [6]. La virulence de ce pamphlet n’a d’gale que le rductionnisme de sa conclusion : Dubois s’en prend la tourbe des magntiseurs qui sont ses yeux des fourbes , des intrigants , des jongleurs , des imbciles, des oprateurs , des thaumaturges , qui forment la dernire classe de la socit. Comme le rsume Mheust (p.386), le magntisme se rsout pour lui intgralement dans le charlatanisme.

Ce pamphlet fait connatre Dubois parmi les antimagntistes de l’Acadmie. Ceux-ci pensent pouvoir se reposer sur son examen et viennent lui prter main forte. C’est par exemple le cas de l’acadmicien Bouillaud dans le Dictionnaire de mdecine et de chirurgie pratique en 1834. Il s’excuse d’avoir traiter d’un sujet aussi ridicule que le magntisme, se demande comment conserver le ton srieux qui convient quiconque s’occupe de recherches scientifiques. Aussi, pour viter de se commettre avec un sujet de si vile extraction, vitera-t-il de s’attacher aux faits, ces derniers ayant dj d’ailleurs t traits par Dubois (d’Amiens) dans un ouvrage "qui est un vrai chef-d’uvre de haute raison et de plaisanterie la plus forte et la plus ingnieuse." (Mheust, p.389). Dubois devient donc une rfrence pour ses pairs, et la lecture de son ouvrage suffit rgler la question des faits magntiques. Le soutien de Bouillaud consiste ensuite n’accorder aucune espce de valeur scientifique aux expriences menes dans les hpitaux de Paris par Husson, Rcamier, Bertrand, Georget, Rostan, Broussais, etc. Il nie la spcificit des faits magntiques et les dissout dans des phnomnes disparates. Pour conclure, l’acadmicien assimile les magntiseurs aux sorciers d’autrefois et leur prdit une destine semblable celle de leurs devanciers, sauf toutefois le gibet et le bcher dont tout le monde n’est pas digne.  [7]

Assassinat scientifique avec prmditation

A ce stade, Dubois d’Amiens a trouv sa place au sein de l’Acadmie. Quand, de 1837 1842, une polmique froce mettra aux prises des savants renomms, divisera l’Acadmie de mdecine, et tiendra, par presse interpose, le public parisien en haleine, Dubois d’Amiens agira dans les coulisses de l’Histoire. Le 14 fvrier 1837, le docteur Berna, un jeune mdecin inexpriment, adresse une requte l’Acadmie pour qu’elle examine les phnomnes surprenants produits par deux femmes somnambules. Aprs une courte dlibration, l’Acadmie accepte le projet, voyant dans cette proposition l’occasion d’en finir une fois pour toutes avec le magntisme. Une commission doit donc tre forme pour tudier la question dans un cadre contrl, et en rendre compte l’Acadmie par le biais de procs verbaux signs par les personnes prsentes aux sances. Dubois d’Amiens fait partie des commissaires dsigns, mais tout se joue en fait ds la composition de ce bureau. Dj l’poque, ainsi que Mheust le souligne dans son tude (p.393), un certain nombre de chercheurs s’taient indigns devant ce bureau qui constituait, selon l’expression du marquis de Mirville, un assassinat scientifique avec prmditation . Il y aurait eu, au sein de l’Acadmie, suffisamment de mdecins convaincus de l’intrt heuristique du magntisme pour composer une quipe o s’quilibrent partisans et adversaires. Mais le prsident Renauldin en dcide autrement et runit cinq ennemis dclars, quatre indiffrents et pas un seul partisan du magntisme. Dubois, nomm secrtaire, use d’une astuce pour donner plus de crdit cette commission : il inscrit parmi les commissaires le nom de Cloquet en laissant l’quivoque sur le prnom, faisant ainsi croire que le bureau tait quilibr par la prsence de Jules Cloquet, semi-partisan du magntisme d’une grande notorit, alors qu’il s’agissait en fait de son frre Hippolyte, moins port sur la question. C’est Dubois lui-mme, avec cette navet qui sied si bien l’homme vridique  [8], qui avoua le dessein de son omission Jules Cloquet lui-mme.

On ne doute plus qu’ ce moment-l, les enjeux politiques et conomiques de cette commission avaient pris le pas sur son objectivit scientifique. Positivistes et scientistes allrent la bataille avec le sentiment que l’enjeu tait vital et que leur vision de l’homme tait menace. Et comme leurs adversaires taient tout aussi pntrs de l’importance de l’enjeu, les conditions taient runies pour un affrontement d’ides dont l’histoire rcente offre peu d’exemples (Mheust, p.351). Les antimagntistes furent heureux de mettre profit les leons de l’adversit, et les bons commissaires furent convis un succulent dner que leur offrit Rcamier. L ils renouvelrent spontanment leur serment d’enterrer le magntisme mort ou vif, et quand on porta le dernier toast la sant de la commission et du secrtaire, M. Dubois, celui-ci, rempli d’enthousiasme et de champagne, s’cria, tout en brandissant son verre :
Je veux qu’on dise, aux peuples effrays,
Il fut des magntiseurs.
 [9]

Une mission de police intellectuelle

Le mdecin Berna s’applique mettre en place un protocole la hauteur de l’hostilit flagrante de la commission. Cependant, accepter d’entrer dans les cadres thoriques dans lesquels Berna dveloppe son protocole, c’est dj les admettre provisoirement, titre d’hypothse, ce que les membres de la commission ne peuvent souffrir. Les commissaires n’acceptent ni la srie de vingt prcautions suivre pour mener les expriences en liminant les biais ventuels, ni l’engagement rdiger les procs-verbaux sance tenante, les relire, les corriger et les contresigner aussitt par tous les membres de la commission. Les commissaires reculent, se plaignent de ces prcautions exhaustives qu’ils interprtent comme un manque de confiance. A lire Berna, on a l’impression que les commissaires craignent en fait de voir se produire sous leurs yeux les phnomnes magntiques dont par ailleurs ils nient la possibilit ; tout se passe comme s’ils redoutaient de se trouver lis par des engagements qui les obligeraient alors les avaliser. (Mheust, p.399) Situation paradoxale : les reprsentants de la raison dogmatique veulent des procdures flottantes, un exprimentateur brouillon et naf qui se livre des expriences amusantes, et que l’on pourra de la sorte pourfendre loisir ; mais ils tombent sur un partenaire coriace en la personne de Berna, magntiseur cens reprsenter l’obscurantisme et rclamant pourtant avec insistance un protocole strict. Dubois rejettera ces prcautions pour prserver l’indpendance de la commission , selon son propre aveu. Il ne veut pas que Berna et la commission soient confondus, car ce serait mettre l’Acadmie l’tude du magntisme, plutt qu’ la simple vrification des faits. Selon Mheust (p.401), c’est ce genre de discours qui font de Dubois d’Amiens un tmoin prcieux pour l’historien : c’est qu’il vend rgulirement la mche, et qu’il exprime avec une cynique candeur des opinions que nos dogmatiques d’aujourd’hui savent si bien masquer derrire une rhtorique labore. (...) On ne saurait dire plus clairement qu’ cette poque la mission des commissions officielles est une mission de police intellectuelle ; qu’il ne s’agit nullement d’tudier le magntisme, mais de le juger, de le neutraliser et de l’empcher de s’infiltrer dans l’institution. .

Finalement, les commissaires acceptent de se prter au jeu, mais sabotent toute la procdure, ne respectant mme pas leur engagement envers les procs-verbaux. Nous pourrions encore nous appesantir longuement sur les alas procduriers [10], mais allons l’essentiel : les quatre premiers procs-verbaux sont conservs par Dubois d’Amiens qui, promettant semaine aprs semaine de les renvoyer Berna aprs les avoir copis, prtexta finalement les avoir perdus. Le 3 mai 1837, Berna crit au prsident pour lui faire savoir que dans ces conditions il arrte les expriences avec la commission, et cette dcision irrvocable permettra Dubois d’crire dans son rapport final, aprs seulement quelques mois de travail, que Berna n’avait plus rien montrer . En ralit, selon Berna, les expriences n’avaient fait que commencer.

La bataille des prix

Il s’en faut de peu pour que l’Acadmie ne gnralise la conclusion de la commission - totalement ngative comme on s’y attendait - pour tirer une condamnation gnrale et dfinitive du magntisme. Dubois est alors contr par l’autorit morale de Husson qui se plaint du peu de scientificit de son rapport. Finalement, l’Acadmie coupe la poire en deux ; elle ne retient que la critique des expriences menes avec les deux somnambules de Berna, sans pour autant accder au souhait formul par Dubois d’tendre cette critique tout le magntisme. (Mheust, p.411). La ligne Dubois l’emporte alors largement, et savourera son triomphe dfinitif cinq ans plus tard. Mais la croisade antimagntique est encore parseme d’embches. L’affaire Pigeaire sera une autre controverse importante [11]. Cette affaire est conscutive l’institution du prix Burdin (1837-1841) offrant une coquette somme celui ou celle qui se montrera capable de lire travers les corps opaques. Dubois fera l encore partie de la commission examinatrice cense tudier les candidats. Mais la commission tourne court et n’assiste aucune exprience officielle (en tout, trois candidats seront examins avant que le prix ne soit retir). Des expriences prparatoires avec Lonide Pigeaire ont pourtant convaincu de nombreux scientifiques comme le physicien Arago. Le docteur Berna a beau contre-attaqu en proposant le prix Berna, corollaire tout naturel de celui de monsieur Burdin, et offrant peu prs dix-sept fois la somme promise par Burdin toute personne qui donnera la preuve qu’on y voit merveille avec les yeux parfaitement occults. Dubois rapporte l’hilarit de l’Acadmie, qui tient plutt d’un rire jaune selon d’autres tmoignages. Il commettra encore un dernier livre pour parfaire son uvre en 1841 [12], peu avant que l’Acadmie ne rompe totalement avec le magntisme.

Fonctions du scepticisme

Mheust a russi mettre en vidence diffrentes fonctions qui forment le scepticisme de la ligne de Dubois d’Amiens :

-  Leur stratgie du cordon sanitaire pour protger l’image de l’homme construite par le positivisme. Les choses sont claires cette poque : comme Dubois d’Amiens, Gerdy, par exemple, n’hsite pas se dclarer officiellement en guerre contre le magntisme [13]. Louis Peisse, un disciple de Comte proche de Dubois d’Amiens, est encore plus explicite lorsqu’il se flicite de l’opration de police intellectuelle (selon ses propres termes) qui a permis de dbouter les contradicteurs et assigne la science la tche de veiller ce que de telles infiltrations ne se produisent plus [14].

-  Le dispositif mis en place par Dubois et ses amis consiste essentiellement dans le procd hypercritique, qui consiste relever sans cesse la barre des exigences. Ils russissent non seulement nier tous les phnomnes paranormaux mais aussi les phnomnes plus simples que tout le monde reconnat aujourd’hui comme l’insensibilit cutane, la paralysie des membres, etc. Disons que les membres de la ligne Dubois ont tellement voulu en faire qu’ils ont desservi leur cause, jetant le bb avec l’eau du bain. Il est patent qu’en matire exprimentale aucun bouclage absolu n’est possible, car, quelles que soient les prcautions prises par les exprimentateurs, il faudra toujours contrler les contrleurs, et ceci l’infini. Dans leur pratique habituelle, les chercheurs savent bien qu’il leur faut arrter le soupon quelque part, s’ils ne veulent pas tre paralyss.
Mheust rapproche le procd hypercritique du ngationnisme, mais en utilisant la comparaison avec prcaution : tout d’abord, il va de soi qu’on peut assimiler les mthodes employes et nullement les idologies au service desquelles ces mthodes sont mises en uvre. D’autre part, il faut signaler une inversion, en ce que les ngationnistes actuels sont des marginaux qui utilisent le procd hypercritique pour tenter d’branler la ralit massive de l’Holocauste ; alors que dans le cas du magntisme, c’est l’Institution, ce sont des acadmiciens, qui mettent en uvre le procd hypercritique pour dfendre la conception de l’homme accrdite, et pour touffer dans l’uf des vrits incertaines et balbutiantes. (Mheust, p.457-458).

On pourrait dplorer les mthodes de la ligne de Dubois d’Amiens, mais admettre tout de mme que par dfaut d’expriences ou par des expriences dcisives, la science a eu raison d’exclure le magntisme. Mais il n’en est rien et, quand on descend dans les dtails, on s’aperoit que le magntisme animal a t vacu de l’Institution la suite d’une bataille de procdure o presque tous les coups taient permis. (...) De sorte que finalement la question est reste pendante. Elle n’a pas t rgle mais congele. Or on sait dsormais ce qu’il advient des questions congeles : elles ressurgissent un jour ou l’autre, d’autant plus virulentes qu’elles ont longtemps t mises l’cart. (Mheust, p.460). Mheust peut mme comparer la structure de ces controverses avec celles advenues en amont ( propos de la baguette divinatoire ) et en aval (avec les mdiums effets physiques de la mtapsychique) (Mheust, p.460-469). Serait-il possible de retrouver les mmes options polmiques dans la controverse actuelle entre parapsychologues et sceptiques - ou entre ceux qui s’annoncent en France comme des ztticiens  ?

Broch de Nice : y a-t-il eu scepticisme ?

Henri Broch, Docteur s Sciences, enseigne la physique et la zttique l’Universit de Nice-Sophia Antipolis o il a poursuivi, jusqu’ la cration du laboratoire de Zttique, des recherches au laboratoire de Biophysique de la Facult des Sciences (avec la collaboration de Dan Vasilescu). Broch se rclame de la doctrine antique de la zttique pratique comme art du doute . En sa qualit de chercheur, il a publi de trs nombreux articles et quatre livres l’opposant ce qu’il conoit comme tant de la parapsychologie (c’est--dire des revendications scientifiques concernant des phnomnes qui semblent inexpliqus). L’un de ces livres a eu un impact immense [15], environ 250 000 exemplaires vendus, ce qui en fait le livre sceptique le mieux coul de l’histoire. Un de ses atouts majeurs semble tre la caution apporte par la cosignature du prix Nobel de physique Georges Charpak. Nous faisons l’hypothse que Charpak, en permettant Henri Broch d’augmenter considrablement son volume de vente, avait le noble dessein de fournir au plus grand nombre un guide pour renforcer la pense critique face la prolifration de l’irrationnel dans les mdias populaires, qu’il n’est pas seul dplorer. Mais son action peut se comprendre un autre niveau. Il est difficile d’valuer son apport en termes de contenu dans ce livre, car celui-ci diffre peu des livres antrieurs de Broch. Nanmoins, son apport formel peut tre interprt comme sa participation la mise en place d’une incarnation du scepticisme de la trempe d’un Dubois d’Amiens, en ce sens qu’il a renforc le cordon sanitaire form par les ztticiens.

La science en solde

Henri Broch tait dj une figure importante du scepticisme local. Reprenant l’ide du prix Burdin, il avait fond le dfi zttique international qui promettait jusqu’ 200 000 pour la preuve d’un phnomne paranormal et avait examin 264 candidatures entre 1987 et 2002 [16]. Les conditions d’un tel prix ne correspondent pas aux canons scientifiques actuels, mais la pratique ressemble fort celles des commissions officielles du XIXe sicle. A l’poque, les commissions taient nommes par les Acadmies pour examiner scientifiquement des expriences et tenter de les reproduire dans les meilleures conditions. Aprs un laps de temps suffisant, les rsultats observs taient rapports lors d’une sance de l’Acadmie. Une publication officielle s’ensuivait. Cette organisation hirarchique du savoir est certes une tradition, mais on lui privilgie aujourd’hui les revues spcialises disposant de comit de lecture expert. Voil longtemps que les parapsychologues ont adopt les canons scientifiques actuels et publient leurs travaux dans des revues spcialises, en discutent dans des congrs internationaux et reproduisent leurs expriences dans des laboratoires indpendants.

Alors pourquoi relancer un dfi public ? Le montant du gain aurait pu tre employ pour financer des recherches, en particulier des tudes rplicatives et indpendantes. Mais ici ce n’est pas la recherche qui est mise en valeur, seulement une certaine vision de la preuve scientifique qui pourrait sortir - tel un lapin du chapeau - partir d’un test unique. Les ztticiens ont choisi d’ignorer les nombreuses tudes scientifiques des phnomnes paranormaux. Ils viennent donc promouvoir l’illusion d’un manque total d’ides concernant la mise en place de protocoles contrls. Le salut ne pourrait venir que d’amateurs ambitieux se croyant capables d’attraper la carotte au bout du bton avec leur phnomne paranormal reproductible volont . Le dfi pousse son paradoxe l’exigence de la preuve, car, tout en niant la valeur des tmoignages, la preuve attendue tient de la dfinition personnaliste de St Thomas d’Aquin : Je ne crois que ce que je vois . Comme le dit le sceptique Loyd Auerbach [17], si quelqu’un s’enrichit grce un dfi sceptique, cela n’aura pas de consquences sur les opinions de ceux qui n’ont pas assist au test. Les critiques d’Auerbach portent en particulier sur le prix Randi, le modle amricain du dfi zttique. Lui, ainsi que le sceptique Ray Hyman [18], affirment que de telles pratiques n’ont pas de valeur scientifique car elles n’exigent pas que la preuve soit reproduite dans des laboratoires indpendants. Ils n’y voient donc rien d’autre que de la publicit mensongre.

En effet, nous sommes loin de la commission officielle. Le comit scientifique est reprsent par Broch, aid de l’immunologue Jacques Theodor (qui met son argent en jeu) et de l’illusionniste Grard Majax. Un laboratoire de l’Universit de Nice pris parti, le comit s’est content de s’y installer et d’attendre. Pas de revue de littrature, pas de reproduction des protocoles proposs par les parapsychologues. Cette forme de zttique se passe du procd hypercritique qui constituait le fond d’activit minimum de l’anti-magntiste Dubois d’Amiens. La militance sceptique moderne peut se suffire d’un lobbying mdiatique auquel cdent certains scientifiques. Pourquoi le slogan Nul n’a russi le dfi zttique rencontre-t-il un tel succs ? Il s’agit implicitement pour l’intelligentsia scientifique de ne pas avoir aborder frontalement les questions poses par la parapsychologie, et de dlguer un groupuscule d’activistes la fonction de protger les frontires de l’institution. Une telle pratique ne se justifie pas vraiment pistmologiquement : proportionnellement l’importance de la question et la qualit du dossier parapsychologique, qu’on accorde un tel crdit scientifique des experts auto-proclams du paranormal va contre la mthodologie scientifique. Il faut croire que la parapsychologie se prte en France ce traitement spcial.

Science aux marges

Loin de nous l’envie de faire de Henri Broch un bouc missaire, simplement parce que son entreprise rationaliste a connu un succs de librairie. Selon notre ide, des personnages comme Broch, il y en a eu avant et il en viendra encore. Toutefois, actuellement, une constellation de principes se concentre en sa personne et lui octroie sa fonction de garde-frontire de la Science ou, mieux, de garde-fou. Or cette fonction ncessite d’occuper une place en marge, la fois reliant et dlimitant l’espace entre le scientifique et le populaire . Le provincial Dubois d’Amiens a pu occuper une telle place et, en grossissant certains traits superficiels de Broch, nous retrouvons des indices de cette ambivalence : incarnant la science reine de la physique, autorit morale dont les ambitions pdagogiques propagent le fantasme d’un nouveau catchisme rationaliste, il reste en mme temps un professeur de province l’accent sympathique qui, malgr ses comptences de bio-physicien - que nous ne remettons aucunement en cause, bien videmment -, n’a jamais brill dans les hautes sphres de la communaut scientifique. Au final, sa position reste suffisamment marginale pour que la communaut scientifique puisse la fois s’appuyer sur ses uvres quand il s’agit d’vacuer la menace des phnomnes parapsychologiques et se dtacher du ct spectaculaire et peu nuanc de ses prestations. En somme, le sceptique simule la science dans des zones o celle-ci se doit de maintenir une neutralit de circonstance. Raviver les polmiques de la lucidit magntique ou des ectoplasmes serait effectivement pur pril pour les lites : Puisque ces mystres nous dpassent, feignons d’en tre les organisateurs , disait Cocteau, dans Les maris de la Tour Eiffel. C’est ainsi que si, par curiosit, vous visitez ce champ apparemment dsert par l’activit scientifique, vous verrez nanmoins qu’un drapeau y est plant : Broch.

Broch parapsychologue

La carrire de Broch en matire de parapsychologie se rsume peu de choses : ceux qui l’ont connu jeune rapportent son fanatisme pour les thmes occultes, et une certaine navet [19]. Les choses auraient bien chang depuis. Nanmoins, ce n’est ni le fait d’avoir augment ses connaissances en parapsychologie scientifique, ni par la voie de l’exprimentation, que Broch aurait t conduit ce revers. S’il embrasse aujourd’hui la carrire de sceptique - bien plus gratifiante -, rien ne l’y prdestinait. Alors pour quelles raisons le public et l’intelligentsia l’ont-ils lu comme figure de proue du scepticisme ?

Nous trouverons une amorce de rponse en examinant l’effet de soulagement produit par la sortie du livre de Charpak et Broch [20]. L’utilit d’un tel livre ressemble fort celle du pamphlet de Dubois : contenir la question de la ralit dbordante de certains phnomnes. Ces deux crits se ressemblent en plusieurs points : d’abord, par la prtention avoir accompli une revue exhaustive de la littrature parapsychologique, et par consquent d’avoir une vue d’ensemble sur le domaine [21]. Ce prambule ne serait pas seulement disproportionn dans n’importe quelle autre discipline, il est particulirement suspect dans un champ qui se veut transdisciplinaire, et qu’on n’a jamais abord concrtement sans une formation en physique, en biologie, en psychologie, en philosophie, etc. La parapsychologie n’en est pas pour autant ferme sur un savoir hermtique. Elle a bien au contraire une fonction heuristique trs importante qui balance compltement avec la volont de la passer sous le crible d’une pense critique unique. Or, quand Dubois d’Amiens rduit tout au charlatanisme, ou quand Broch de Nice limite tout le travail parapsychologique des exprimentations biaises donc suspectes de fraude, on doute non pas du penchant de leur raisonnement mais du tout duquel il s’entiche. Car leur revue de littrature, et ils le disent bien, revient ressasser les mmes thmes farfelus que du temps des sorciers .

Nanmoins, quand Dubois prtend pourfendre le magntisme, il se confronte ses collgues mdecins et leurs affirmations. Dubois s’oblige dmentir leurs arguments en levant constamment le niveau de son intransigeance : il demande avec obstination un fait, rien qu’un fait , mais quand il se trouve confront un phnomne (comme l’anesthsie magntique produite par Jules Cloquet sur une patiente en train d’tre opre), il dclare que cette opration n’offre, ses yeux, rien d’insolite, si ce n’est l’impassibilit (Mheust, p.455). Ces concessions o la raison trouve refuge ne sont pas comparables des critiques exprimentales, mais elle montre nanmoins l’existence d’un dialogue. En agissant ainsi, les sceptiques peuvent rpondre leurs adversaires qu’ils ne rejettent pas a priori les phnomnes magntiques, qu’ils les refusent tout simplement parce qu’ils ne satisfont pas aux rquisits de l’enqute rationnelle.

Cette mthode hypercritique se cherche encore du ct des ztticiens. Fonde sur le vu pieu d’tre exempt de croyances, sortant tout arm du doute comme Athna de la tte de Zeus, la zttique ne cultive pas l’art du dialogue avec les parapsychologues. Broch rpte partout combien les parapsychologues sont des incomptents et combien la parapsychologie reste une pseudo-science balbutiante. Aucun progrs rel ne s’est fait jour dans cette direction de recherche (sinon, bien sr, nous en aurions entendu parler, ou du moins : Je l’aurai vcu , etc.), alors pourquoi changer le verdict, pourquoi changer la peine ? D’o une conclusion similaire : si le magntisme de Bouillaud tait bon pour le bcher, Broch nous montre dans une illustration satyrique en 1991 [22] que le parapsychologue est bon pour le goudron et les plumes.

(JPEG)
"Tricheur au poker ? - Non, parapsychologie !"

Policier, juge et jur

Si des mtaphores judiciaires dcrivent si bien l’activit sceptique, c’est que nous touchons sa fonction de police intellectuelle . La communaut scientifique plbiscite le scepticisme militant car elle y trouve logiquement son compte. Le silence scientifique ne peut tre maintenu que si aucun nonc distinct ne peut merger du brouhaha autour de ces phnomnes. Un bruit de fond audible lors des pseudo-dbats mdiatiques qui est un moyen sophistiqu pour filtrer les discours. Mheust arrive ce constat pour le moins perturbant que notre univers intellectuel est plus ferm que celui du scientisme du XIXme sicle. Et cela pour deux raisons : les questions interdites ne sont plus tales sur la place publique, alors qu’elles faisaient auparavant l’objet de polmiques spectaculaires qui permettaient au moins chacun de s’exprimer [23]. L’autre raison qui la recoupe est qu’ cette poque les savants comme la population taient ouvertement diviss. Alors qu’aujourd’hui ces questions sont absentes mme des dbats de professionnels, car les scientifiques qui se prononcent gnralement ne reconnaissent ni l’existence de leurs contradicteurs, ni celle de leurs travaux. On pourrait encore justifier ce dbat unilatral si les prtentions de la parapsychologie provenaient seulement de personnes dont les comptences peuvent largement tre mises en doute, mais c’est toute une communaut scientifique internationale qui se trouve refoule aux frontires culturelle et gographique de la France. Comment expliquer le peu d’impact ici d’exprimentations en parapsychologie qui ont permis la Parapsychological Association d’intgrer en 1969 la prestigieuse American Association for Advancement of Science (qui coiffe l’establishment scientifique et publie la revue Science) ou qui ont justifi son statut de discipline scientifique universitaire (avec les chaires ou dpartements de parapsychologie crs en Angleterre, Allemagne, Sude, Pays-Bas) ?

Mheust va dcrire d’insidieux procds de filtrage, d’autant plus efficaces qu’ils sont silencieux et impersonnels. Le problme est trait en amont, en retenant l’extrieur de l’Institution tous les contradicteurs potentiels. Un appareil bureaucratique trs compliqu gre la recherche et les carrires, et renforce la mise en place progressive d’une pense pistmologiquement correcte invitant l’auto-censure tout chercheur qui voudrait tudier frontalement ces questions. En France, la parapsychologie est sortie de l’horizon des intellectuels contemporains. Le dbat passe aujourd’hui pour inactuel, un interdit intrioris plaant la parapsychologie jamais derrire nous.

L’opinion publique se rsout croire que la voyance n’est qu’un march o les praticiens peuvent mme se proclamer parapsychologues . Il est trange de constater que les choses se droulaient tout autrement au temps de Dubois : Le magntisme est parti des corps savants, de l’aristocratie, de la haute bourgeoisie... pendant longtemps ces pratiques taient l’apanage d’un milieu non populaire. Le peuple en entendait trs peu parler et de manire dforme. Peu peu le sujet s’est vulgaris, et c’est vers la deuxime moiti du XIXme qu’on a vu apparatre des gens qui en on fait un commerce, en mme temps que la doctrine magntique dgnrait sous l’influence de la vulgarisation. Or, nombreux sont les auteurs - commencer par Victor Hugo - ayant mis en lien ce rejet par la science et cette rcupration par l’ignorance . On n’envisage peine le rle jou par une poigne de sceptiques militants dans la fabrication de la socit actuelle. Cette police intellectuelle administre en amont justifie le jugement ddaigneux du monde de la voyance, lequel, en retour, justifie la noble cause dfendue par les sceptiques. Un discours qui fait systme sans qu’on n’y puisse rien faire.

La zttique sans la parapsychologie

Ce constat oblige se demander comment envisager l’actuel vogue du scepticisme en l’absence de son contrepoint parapsychologique. A l’poque de Dubois d’Amiens, le procd hypercritique montrait au moins qu’un change se faisait entre tenants et opposants. Aujourd’hui, un tel souci n’est mme plus ncessaire ! Broch peut tranquillement critiquer un possible biais exprimental sans faire rfrence au protocole ni la publication originale, qui de toute manire reste inconnue du public [24]. Les exigences pour la publication de ses articles n’obissent que rarement aux conditions drastiques des revues comit de lecture dont usent principalement les parapsychologues de la Parapsychological Association (PA). Comme il n’y a pas vraiment de dbats en rgle dans des revues franaises spcialises, les vritables critiques de la parapsychologie ne sont gure reprsents, et il ne subsiste au fond que des pseudo-dbats virtuels. La distance est telle qu’il semble illusoire aux ztticiens de vouloir faire tenir Mario Varvoglis, ancien prsident de la PA et prsident actuel de l’Institut Mtapsychique International de Paris (IMI), et Henri Broch dans la mme pice ; si bien que s’imaginer une Acadmie de mdecine divise relve de l’anachronisme. Et s’imaginer que la France a tt rcemment du scepticisme, c’est--dire au moins un traitement hypercritique des prtentions des parapsychologues, relve de la dsinformation [25].

La ralit est que l’activit zttique se dveloppe en France indpendamment des avances de la parapsychologie. En nous attardant sur la zttique, nous perptuons donc une confusion qui s’origine dans le fait que les conclusions des enqutes zttiques - portant sur des phnomnes prtendument inexpliqus comme certaines reliques en milieu chrtien, certaines nigmes incroyables et autres tours de passe-passe - sont constamment gnralises la parapsychologie. Or, n’en dplaise aux sceptiques [26], on ne discrdite pas la recherche parapsychologique en prouvant pour la nime fois qu’il existe des explications conventionnelles de la marche sur le feu. La zttique est une ncessit pour lutter contre de nombreuses drives culturelles, mais elle ne devrait pas se prvaloir d’tre l’instance critique de la parapsychologie. Les rencontres professionnelles entre sceptiques et parapsychologues sont malheureusement trop rares, c’est l’avenir seulement qui permettra de mettre en place des structures o se runissent critiques et tenants de la recherche parapsychologique, comme le souhaite le parapsychologue J.E. Kennedy [27]. Tant que la zttique continue de traiter la parapsychologie comme un problme connexe , alors un double corpus incompatible coexistera sur le sol franais.

[1] Cet article se base pour l’essentiel de sa documentation sur la thèse de Bertrand Méheust, Somnambulisme et Médiumnité, tome 1 : « Le défi du magnétisme », Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 1999. Les pages des passages cités sont notées entre parenthèses à chaque fin de citation.

[2] Ds 1833, un nouvel pisode ravive la polmique : le rapport en question est publi et annot par les soins de Foissac et de Mialle, et complt de nombreux documents historiques qui dvoilent les dessous de l’affaire. Pierre Foissac, Rapports et Discussions de l’Acadmie royale de Mdecin sur le Magntisme animal, Paris, 1833.

[3] Nouvelle bibliographie gnrale, publie par Firmin et Didot frres, Copenhague, 1965, p.874.

[4] L. Regnier et Granchamps, Histoire de l’hypnotisme, Paris, 1890, p.143.

[5] F. Dubois, Examen historique et raisonn des Expriences prtendues magntiques faites par la Commission de l’Acadmie royale de Mdecine..., Paris, 1833, p.5.

[6] J.-S. Bailly, Rapport secret prsent au ministre et sign par la Commission prcdente, Paris, 1784.

[7] Bouillaud, Article Magntisme animal , Dictionnaire de mdecine et de chirurgie pratique, tome II, Paris, 1834, p.299.

[8] Berna, Magntisme animal. Examen et rfutation du rapport fait part M. E.F. Dubois (d’Amiens)..., Paris, 1838, p.17.

[9] CH. B. D.M.P., Rapport confidentiel sur le magntisme animal et sur la conduite rcente de l’Acadmie royale de mdecine, adress la Congrgation de l’Index, et traduit de l’Italien du R.P. Scobardi par CH.B. D.M.P., Paris, 1839, p.121.

[10] Il faut nanmoins revenir sur l’exprience dcisive du 3 avril 1837 o, l’insu du magntiseur , Dubois substitue la carte o il avait crit Pantagruel une carte blanche. Lorsqu’on lui prsente cette carte l’occiput, la somnambule dit y voir de l’criture. L’historienne Jacqueline Carroy voit dans cette tactique de Dubois l’introduction innovante du double aveugle . Certes, c’est dj oublier les prcautions de Lavoisier propos du magntisme animal, mais c’est aussi valoriser une tactique ironique visant discrditer des savants ingnus , plaant Dubois en position de savant trompeur la hauteur d’un Rosenthal ou d’un Milgram. Berna et Husson taient pourtant tributaires de la mme logique de la prcaution et du soupon que Dubois, ajoute paradoxalement l’historienne (J. Carroy, Hypnose, suggestion et psychologie. L’invention de sujets, Paris : PUF, 1991, pp.129-130).

[11] Pour un rcit dtaill de cette affaire, voir Bertrand Mheust, "L’affaire Pigeaire", Ethnologie franaise, Science-Parascience, XXIII, 1993, 3.

[12] Claude Burdin et Frdric Dubois (d’Amiens), Histoire acadmique du magntisme animal, Paris, 1841.

[13] Pierre Gerdy, Discours prononc l’Acadmie Royale de mdecine le 15 juin 1841, Paris, 1841, p.6.

[14] Louis Peisse, Des sciences occultes au XIXe, le magntisme animal , Revue des deux Mondes, mars 1842, tome 1, pp. 693-723.

[15] H. Broch & G. Charpak, Devenez Sorciers, devenez Savants, Paris : Odile Jacob, coll. "Sciences", 2002, qui est devenu livre de poche (ou de plage comme dit B. Mheust) l’anne suivante dans la mme dition.

[16] Nous n’avons pas en notre possession les comptes-rendus et les protocoles mis en place pour la totalit des 264 candidats, nous nous rapportons donc au nombre avanc par Broch. Lorsque des parapsychologues lui ont demand ces comptes rendus, Broch a rpondu qu’il fallait les chercher dans ses livres (en vain).

[17] http://www.skepticalinvestigations.org/controversies/Auerbach_Randi.htm

[18] http://www.skepticalinvestigations.org/skepticorgs/index.htm#randprize

[19] Il a l’honntet de le reconnatre, et tente mme de jouer de cette position de celui qui a vu l’ours . Voici ce qu’il peut en dire : J’ai moi-mme cru (on ne peut pas tre "clairvoyant" tout le temps, n’est-ce pas ?) pendant plusieurs annes aux phnomnes paranormaux au sens large, c’est--dire tout ce qui relve du domaine attirant du Mystre avec un grand M. , in : H. Broch, Le paranormal, Paris : Points Seuil, 2001, p.23.

[20] Il est intressant de voir que chaque pays, chaque poque, a eu besoin de ce livre gri-gri . Actuellement, les allemands se couvrent avec Der Glaube an Psi d’A. Hergovitch (2001), les anglais citent R. Wiseman, les amricains font de J. Alcook (1992) un bouclier, etc. La particularit de la France se trouve alors dans le fait que ce n’est pas un psychologue universitaire qui occupe le poste-frontire, mais des physiciens, ce qui, par rapport l’histoire de la parapsychologie, voque une rgression.

[21] Une telle revue de littrature impliquerait, au minimum, que figure une bibliographie la fin de l’ouvrage : Devenez Sorciers, devenez Savants !

[22] H. Broch, Au cur de l’extra-ordinaire, Bordeaux : Horizon chimrique, 1991, p.201. Ce livre a dj fait l’objet de sept rditions.

[23] On ne peut pas comparer l’usage des mdias un outil pistmologique tel que la polmique. Ce n’est plus que le ct divertissant et spectaculaire qui est vis, on ne pousse plus rflchir mais voir. Cf. Doury M., Le dbat immobile - L’argumentation dans le dbat mdiatique sur les parasciences, Paris : Kim, 1993.

[24] L’exemple rcurrent est celui du_biais induit par l’asymtrie du dos des cartes utilises dans les premiers tests de la perception extra-sensorielle par J.B. Rhine : encore dans son dernier livre, Gourous, sorciers et savants (Odile Jacob, 2006, pp.186-187), Henri Broch prtend que toutes les expriences faites l’Institut J.B. Rhine sont biaises par cette asymtrie du dos des cartes, mais ne rfrence aucune de ces expriences ni ne dcrit aucun des protocoles utiliss.

[25] Nous ne disons pas que cette dsinformation tient de la volont de Broch : il est lui-mme victime de dsinformation lorsqu’il rapporte les assertions des sceptiques trangers sans les vrifier. Par exemple, les critiques du sceptique Hbens concernant Hans Bender, en particulier celles qui disent que le pre de la parapsychologie allemande a exhib pendant trente ans un titre de Docteur en Mdecine qu’il n’avait pas (rapporte p.200 dans : Au cur de l’extra-ordinaire, 1991), sont bases sur des informations historiques errones (cf. Frank-Rutger Hausmann, Hans Bender (1907-1991) und das ’Institut fr Psychologie und klinische Psychologie’ an der Reichsuniversitt Straburg 1941-1944, Wrzburg, 2006). Sur la mme page, ainsi qu’aux pages 190-191, Rhine et son institut sont dcris, mais on ne retrouve pas plus de rfrence aux nombreuses publications de Rhine qu’ celles de Bender dans la bibliographie. Un vritable travail de scepticisme implique de vrifier toutes ses sources.

[26] Encore en 2005, les sceptiques amricains s’enthousiasmaient pour une nouvelle contribution l’tude de la marche sur le feu lors de leur congrs annuel.

[27] J.E. Kennedy, A proposal and challenge for proponents and skeptics of psi, Journal of Parapsychology, Spring, 2004. En s’inspirant de ses expriences dans le domaine pharmaceutique, Kennedy recommande que les tudes proposes soient reconnues et planifies l’avance. Un comit de parapsychologues expriments, de sceptiques modrs et un statisticien pourraient examiner et commenter les protocoles proposs afin que les questions mthodologiques soient traites avant que les donnes ne soient collectes. Les tudes exploratoires continueraient, bien entendu, mais seraient dfinies comme telles avant que les rsultats ne soient connus et seraient exclues l’avance des mta-analyses orientes vers la preuve du psi.