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Les certitudes d’Husserl

lundi 1er janvier 2007. publié par, Bertrand Méheust
 
Dans sa cinquième Méditation cartésienne, Husserl entreprend une réduction ultime qui laissera seulement subsister le "monde mien". A l’intérieur de l’époché générale, il pratique une réduction dans la réduction, pour instituer autrui à partir de moi, pour suspendre tout ce que l’expérience ordinaire doit à autrui.

Le moi de l’autre vient se reflter dans ma monade, et je puis alors seulement le constituer comme tel. Mais je ne puis accder sa monade, son "prouv concret" : il y a l une barrire de principe, une barrire absolue, non ngociable. Autrui est en quelque sorte "sous trait" par le moi , qui est le fondement absolu. "La donation d’autrui, commente Ricoeur (Soi-mme comme un autre, p. 385), ne permet pas de vivre les vcus d’autrui, et, en ce sens, n’est jamais convertible en prsentation originaire".

Or, vivre les vcus d’autrui, distance, et parfois sans aucun indice pralable, se souvenir des souvenirs de quelqu’un d’autre, prouver les douleurs physiques d’un malade inconnu, ce sont l, pourtant, les tranges expriences exhibes par certains mdiums et certains clairvoyants. Impossible chez ces personnes de circonscrire l’ego dans une enceinte tanche : il "fuit" de partout. La dmarche de Husserl ignore donc une dimension de l’exprience massivement atteste, non seulement dans les cultures archaques, mais en Occident.

Pourtant, c’est une sret "apodictique" que prtend le philosophe. L’explicitation phnomnologique n’est pas pour lui une construction mtaphysique parmi d’autres, elle va au-del, pour atteindre le socle de la certitude absolue. Elle se fonde "sur l’ vidence la plus originelle, o toutes les vidences possibles et imaginables doivent avoir leur fondement" ; elle ne fait rien d’autre - et Husserl insiste sur ce point - (...) "qu’expliciter le sens que ce monde a pour nous tous, antrieurement toute philosophie, et que manifestement, lui confre notre exprience." (p. 128 sq.)

Les faits du magntisme et de la mtapsychique, pour peu qu’on les prenne au srieux, font vaciller ces certitudes, et invitent se demander si Husserl, sous le couvert d’une lucidation phnomnologique donne comme apodictique, n’aboutit pas tout simplement systmatiser et absolutiser le sens commun occidental. Si ces vues sont exactes, il faut alors conclure l’chec d’Husserl. Mais cet chec est un chec grandiose et rvlateur, qui montre l’extrme difficult, ou plutt l’impossibilit, d’atteindre un socle de certitude dgage de toute infiltration culturelle. Et surtout qui donne voir, sous la prtention objectiviste de la phnomnologie, le travail invisible du dcrire-construire. Si mes vues sont fondes, en prtendant dcrire les fondements ultimes de notre prsence au monde, Husserl n’en continuerait pas moins de participer l’dification d’un certain type d’tre humain.

Cet article est un extrait du livre de Bertrand Meheust : "100 mots pour comprendre la voyance".