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Un perroquet qui a de l’avenir

Un perroquet qui a de l'avenir

Par Jean-Pierre Dautun

Aimée est artiste, elle vit ànew York. Entre autre talents elle a celui de savoir patiemment apprendre àparler aux perroquets, dont elle raffole. Elle y met un soin et une application, sans doute, que bien d’autres poussent moins loin qu’elle.

Elle entretient avec son animal favori une véritable relation de symbiose. Aimée et son perroquet dorment ensemble, par exemple. Aussi a-t-elle déjà obtenu sans s’en étonner davantage plusieurs résultats fort satisfaisants. Avant que N’kisi ne partage sa vie. N’kisi est son dernier élève en date. Il fallu bientôt qu’Aimée se rende à l’évidence : celui-là était un surdoué.

Un perroquet ordinaire, même virtuose en psittacisme, peut acquérir un vocabulaire de 200-250 mots. C’est déjà bien beau, mais encore ne fait-il que les répéter « comme un perroquet », avec plus ou moins d’à-propos. N’kisi, lui, en connaît 900. Mais ce n’est pas tout. Il les combine, et fait bel et bien avec des phrases de son cru. De toute évidence, il réalise ce que ses congénères ne font que mimer. Plus encore : tout laisse à penser qu’il est capable de repérage des notions, c’est-à-dire d’un processus d’abstraction. Pourquoi ? parce que si on lui présente, sur un plateau, cinq ou six objets de couleurs diverses, - des objets qu’il n’a encore jamais vus -, et qu’on lui dit : « donne moi le rouge », N’kisi choisit le rouge sans hésiter.

Bien. Aimée a de quoi se flatter de posséder un animal hors du commun, et des talents de pédagogue animalier à la hauteur, ceci expliquant peut-être cela. Mais ce n’est pas tout encore. Aimée s’en est aperçue un jour où, perdue dans ses pensées (donc sans mot dire), elle songeait à appeler un de ses amis, Rob, en se reprochant d’avoir trop différé l’appel. Et au moment où elle se lève du canapé vers le combiné, N’kisi, à côté d’elle, prend la parole et dit : « Bonjour, Rob. »

Là... Comme, cette fois, cela dépasse le simple pouvoir d’abstraction, et même les pouvoirs humains dits normaux, Aimée se pose des questions. Ou plutôt, elle envoie un message électronique circonstancié sur les talents de N’kisi à Rupert Sheldrake, dont elle a entendu parler des travaux (L’histoire ne dit pas si, du coup, elle n’a pas oublié de téléphoner à Rob).

Sheldrake estime que le voyage en vaut la chandelle. Il lui rend visite à new York, muni du matériel permettant de tester les dons de l’animal. Il monte à domicile une expérience simple et efficace. N’kisi est laissé seul à l’étage, sous vidéo surveillance, et Rupert et Aimée, suivis par une deuxième caméra, synchronisée, s’installent au rez-de chaussée. Là, Sheldrake propose à Aimée des enveloppes opaques contenant des photos couleurs. Aimée les découvre une à une par tirage au sort, autrement dit sans prévention possible. La première est une superbe orchidée. Et à ce moment précis, à l’étage, N’kisi parle : « oh, la belle fleur ».

A chaque nouvelle image, même effet. Le deuxième représente une couple courant le long d’une grève. On remarque surtout sur le cliché la silhouette de l’homme. N’kisi : « regarde mon beau corps nu ! » Troisième image, une scène de rue à new York : le client d’un taxi, sur un trottoir, parle à son chauffeur, lequel sort la tête de la vitre. N’kisi : « attention la tête, attention la tête ».

Telles sont, résumées à l’esentiel, les performances de N’kisi, le perroquet télépathe, telles que Rupert Sheldrake, invité à Paris le 11 mars par l’IMI à l’occasion de la sortie de son dernier livre, le 7è sens, les a présentées lors d’une conférence comportant un flm. Le film se termine sur une charmante image d’Aimée et de N’kisi ; Aimée est couchée dans son lit, et N’Kisi est à côté d’elle. Tandis qu’Aimée lui agace le bec du bout du nez, N’kisi dit « donne un baiser ». Et comme Aimée n’est pas tout à fait à portée, N’kisi ajoute : « approche toi, je suis trop loin ».

Le film a remporté évidemment un gros succès d’estime. Mais il venait conclure une présentation plus ample, et non moins intéressante, de l’état actuel des travaux de Sheldrake, qui s’occupe actuellement de ce qu’on pourrait appeler les formes les plus ordinaires de la parapsychologie. Entendons par là celle dont l’expérience est la plus commune et la plus largement répandue. L’impression si commune de se sentir « le poids d’un regard dans son dos » (qui est en fait le titre anglais de son dernier livre, « the sense of being stared at ») ; l’intuition de savoir qui vous appelle au téléphone, ou de penser à une personne précise quelques secondes avant que précisément, ce soit juste celle qui appelle...

Aussi curieux que cela paraisse, personne jusqu’à Rupert Sheldrake n’avait pensé à faire de ces « petits » sujets la moisson qu’ils méritent. Car, loin d’être aussi « petits » que cela, ils sont de ceux qui peuvent le mieux associer l’idée de phénomènes frontières avec l’expérience commune ; ils servent de référence immédiatement éloquente auprès d’un large public ; ils font quitter au « paranormal » le folklore de l’insolite ou de l’extraordinaire exceptionnel où il a plus à se marginaliser qu’à gagner en bonne connaissance ; et enfin, ils se prêtent assez facilement à des expériences aussi simples que reproductibles, mesurables statistiquement, sans que les sceptiques aient cette fois à convoquer le ban et l’arrière ban des prestidigitateurs pour hurler au truquage. Quoi de plus parlant qu’une somme d’essais réalisés sur sujets normaux, reproduisant à volonté des écarts de statistiques que le hasard ne peut légitimer tout seul ? Son livre en fait un compte rendu impressionnant.

A l’IMI, nous voyons en Rupert Sheldrake et ses travaux les ingrédients modèles d’une approche mature de la parapsychologie expérimentale moderne. Son livre, en plus de détailler minutieusement l’épisode particulier du perroquet, que l’on n’a fait ici qu’évoquer, donne une approche captivante de l’état général de l’art sur « les pouvoirs de l’esprit étendu » . On ne saurait trop en encourager la diffusion et la lecture attentive.

Rupert Sheldrake, le Septième Sens, 2004, ed. Du Rocher, 470 pages, 22 €


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