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Réponses émotionnelles inconscientes anormales : Preuve d’une inversion de la flèche du temps ?

Réponses émotionnelles inconscientes anormales : Preuve d'une inversion de la flèche du temps ?
Dick. J. Bierman, Dean I. Radin


Les psychologues Dean I. Radin (Insitute of Noetic Sciences, Californie, USA) et Dirk J. Bierman (Université d’Amsterdam et d’Utrecht, Pays-Bas) se sont intéressés aux mesures physiologiques de phénomènes psi. Ils ont ainsi repris un protocole classique de psychologie expérimentale pour mesurer la réaction de sujets àla présentation d’images émotionnellement chargées. Cet article examine en détail plusieurs études, dont certaines sont des réplications conceptuelles d’expériences antérieures, d’un effet anormal de pré-réponse inconsciente anticipant la présentation d’images émotionnellement chargées. Le score total pour les trois études est significatif (z = 2,16 ; p<0,016 ; test unilatéral). Les auteurs évaluent plusieurs hypothèses pour expliquer cette réponse anticipée, dont l’hypothèse psi du "pressentiment", c’est-à-dire d’une forme simple et inconsciente d’activité prémonitoire, qui est comparée àun effet de symétrie temporelle macroscopique.

1) Introduction :

L’idée que les effets psi se manifestent avant tout au niveau inconscient a été très prisée tout au long de l’histoire de la parapsychologie. Dans une expérience particulièrement bien conçue du début des années ‘70, John Hartwell, alors à l’université d’Utrecht, mesura l’onde cérébrale (connu sous le nom de VCN) apparaissant après l’audition d’un signal d’alerte mais avant la présentation d’une photo d’un visage choisi au hasard (Hartwell, 1978). La VCN est généralement associée à des processus anticipatoires en tant qu’indicateur de la « rapidité à réagir ». On demanda aux sujets des études de Hartwell d’appuyer sur deux boutons différents selon le genre du visage qui allait apparaitre à l’écran. Le stimulus d’alerte était parfois "instructif", c’est-à-dire que le sujet pouvait en déduire le sexe du visage de la prochaine photo. Lors de ces essais, on observa une VCN moyenne qui était différente selon que les visages soient masculins ou féminins. Dans les autres cas, le stimulus d’alerte n’offrait aucune information, et les chercheurs esperaient que la VCN continuerait néanmoins à indiquer quel genre d’image allait être présenté. Une telle découverte aurait suggéré que, d’une façon ou une autre, le sujet avait une connaissance inconsciente du futur proche. Vu les efforts importants investis dans cette étude, les résultats de l’expérience d’Hartwell furent décevants. On ne trouva aucun effet VCN significatif avec un stimulus d’alerte non-instructif. Avec le recul, on peut supposer que le dispositif d’Hartwell ne permettait pas d’étudier des effets faibles. En effet, son dispositif nécessitait qu’il y ait un effet dans la condition non-informée d’au moins 30% de l’effet observé en condition informée. De plus, Hartwell utilisait des stimuli avec un impact émotionnel très faible (des visages masculins et féminins).

Presque 20 ans s’écoulèrent avant que l’on ne ré-étudie l’idée d’utiliser la physiologie pour détecter des informations pré-cognitives inconscientes. Radin (1997) mesura le comportement sympathique et parasympathique du système nerveux autonome à partir de la conductance cutanée, du rythme cardiaque et du volume sanguin de l’extrémité des doigts. On demanda aux sujets de Radin d’observer un écran d’ordinateur et d’appuyer sur un bouton pour commencer l’essai. Comme illustré dans la figure 1, le fait d’appuyer sur le bouton provoquait l’affichage d’un écran blanc pendant 5 secondes, puis d’une photo à caractère calme ou émotionnel choisie au hasard pendant 3 secondes, suivie enfin de 10 secondes d’écran blanc. Dans trois essais, il trouva des différences significatives au niveau de la physiologie autonome, en particulier au niveau de la conductance cutanée, juste avant l’exposition à des photos émotionnelles par rapport à des photos calmes. Radin proposa plusieurs explications classiques de cet effet et conclut qu’elles ne permettaient pas de l’expliquer.

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L’une de ces explications, l’effet de stratégies anticipatoires, ne fut pas abordée par Radin (1997). Voici à quoi correspond cette stratégie : les sujets participant à ce type d’expérience se rendent peu à peu compte que, au bout de quelques essais, une photo à caractère émotionnel sera présentée. Ils peuvent donc commencer à présenter des attentes (généralement fausses) quand à la catégorie émotionnelle des prochaines photos (c’est-à-dire de nature calme ou émotionnelle). De la même façon que dans le « Sophisme du Joueur », leur degré d’attente pourrait augmenter après chaque photo calme et décroître après chaque photo émotionnelle. En apparence, cet effet semble indiquer une pré-réponse anticipatoire moyenne moins importante pour les stimuli calmes que pour les stimuli émotionnels, ce qui pourrait à son tour expliquer l’effet de pressentiment observé par Radin (1996).

Cette explication des différences au niveau de l’amplitude des pré-réponses fut simulée sur ordinateur lors de deux simulations indépendantes conçues par les deux auteurs de cet article et par un troisième collègue indépendant. Il s’avéra que l’effet décrit ci-dessus se produit uniquement lorsque la randomisation est effectuée sans remise et ne peut donc pas expliquer les résultats originaux de Radin (vu qu’une randomisation avec remise avait été utilisée). Ainsi, les résultats de Radin suggérèrent un effet psi authentique et reproductible.

Lorsque le premier auteur de cet article eut connaissance de ces résultats, il les trouva « trop beaux pour être vrais ». Il décida donc de reproduire ces expériences dans son laboratoire en utilisant les mêmes procédures et le même matériel graphique, mais avec des logiciels, du matériel informatique et des procédures de randomisation complètement différents. Son raisonnement était que si sous ces conditions les effets pouvaient être reproduits, cela rendrait moins probable toute explication en termes d’artéfacts techniques ou de randomisation inappropriée.

2) Procédure :

Un participant s’assoit dans un fauteuil confortable placé dans une pièce faiblement éclairée. L’index et le majeur de sa main gauche sont reliés à un capteur d’activité électrodermale. Dans les instructions, l’expérimentateur insiste sur le fait que le sujet doit essayer de vivre chaque essai comme si c’était le premier. Après les instructions, et un, voire plusieurs essais de démonstration, l’expérimentateur quitte la pièce et le participant commence le premier essai, quand il en a envie, en appuyant sur une touche du clavier. Après 7 secondes et demie, période que nous appelons la pré-période, une photo, choisie au hasard, et soit de caractère calme soit de caractère émotionnel, est présentée pendant un temps précis. Avant, pendant et après l’exposition, la conductance cutanée est mesurée par l’ordinateur au rythme de cinq échantillons par seconde (voir figure 1).

Étude n°1 :

C’était une exacte reproduction des expériences rapportées par Radin (1997), avec les modifications suivantes : Plutôt que de choisir systématiquement des images au hasard à partir du groupe cible, les photos furent organisées en trois séries avec des rapports photos calmes/photos émotionnelles différents. La série cible fut choisie de manière aléatoire au début de chaque expérience afin que même le ratio demeure inconnu de l’expérimentateur. Ensuite, les photos de la série étaient mélangées et toutes les photos de la séries sélectionnée étaient présentées.

De plus, plutôt que d’utiliser des temps d’exposition différents entre les études comme ceux rapportés dans les études de Radin (1997), nous avons introduit cette variable pour un même sujet. Il y avait toujours deux temps possibles d’exposition choisis au hasard avec une probabilité de 0,5.

Etude n°2 :

Cette étude utilisait des sujets qui n’étaient informés qu’en partie de la nature de l’expérience. On leur avait dit que dix photos de contrôle seraient présentées afin d’établir un niveau de référence de leur comportement physiologique. On leur indiquait que l’expérience commencerait une fois établi ce niveau de référence. Cependant, à leur insu, une unique photo à caractère émotionnel était présentée au hasard, entre le troisième et le dixième essai. Pour environ la moitié des sujets cette photo émotionnelle était érotique et, pour l’autre moitié, violente.

Etude n°3 :

Suite à l’étude n°2, les mêmes sujets étaient à présent complètement informés du fait qu’il y aurait occasionnellement des photos à caractère émotionnel. Par conséquent, on s’attendait à ce que les sujets usent de stratégies anticipatoires similaires à celles éventuellement utilisées par les sujets de l’étude n°1. L’étude n°3 n’utilisa qu’un seul ratio (un émotionnel pour 2 calmes) entre les cibles calmes et émotionnelles, et n’utilisa que 48 photos parmi le lot originel de 120. Ces 48 photos furent choisies sur la base de leur plus fort impact, constaté dans l’étude n°1.

2.1 Stimulus :

Les stimulus étaient identiques que ceux de la série de photos utilisée par Radin (1997). Cette série comprenait 80 photos calmes telles que des vues de l’océan ou de la forêt, et 40 photos émotionnelles de nature violente ou érotique. Cette série de photos fut légèrement mise à jour par l’étudiante-expérimentatrice de l’étude n°1. Elle adapta la série en fonction des différences culturelles entre les Etats-Unis et les Pays Bas, en remplaçant notamment certaines des photos érotiques, qui, en Europe, n’auraient pas été perçues comme très excitantes, par des images plus provocantes.

Pour les études 2 et 3, on utilisa une sous-catégorie de 120 photos tirées de la série principale. Cette sélection fut basée sur une évaluation qualitative de l’effet de réponse de chacune des images utilisées dans l’étude n°1. Pour les catégories émotionnelles « violentes » et « érotiques », les photos les plus excitantes furent choisies, alors que pour la catégorie calme une sélection fut faite au hasard. Dans la catégorie « violente » nous avons inclus des Body-piercings décoratifs, dont des piercings génitaux. Les photos érotiques étaient aussi bien de nature homosexuelle qu’hétérosexuelle. Nous n’avons pas pris la peine d’étudier une différence d’effet entre ces deux sous-catégories.

2.2 Les Sujets :

Dans toutes les études, les sujets furent recrutés parmi le cercle d’amis ou de connaissances des expérimentateurs. Dans la première étude, il y avait 16 professionnels de santé suivant un cours de toucher-thérapeutique. Dans la deuxième et troisième étude la plupart des sujets étaient des étudiants de l’université d’Amsterdam. Sept des 32 participants des études 2 et 3 se dirent sceptiques quand à l’existence de phénomènes paranormaux.

2.3 Variables dépendantes :

Dans les 2 études, la variable dépendante était la réaction de la conductance cutanée pendant les 7 secondes et demies précédant le stimulus (la pré-période). Pour éviter le problème d’analyses multiples et d’évaluation des données à partir de distributions non-habituelles et avec de fortes auto-corrélations entre les échantillons, nous avons défini la variable dépendante P comme la valeur moyenne des échantillons enregistrés entre 4 et 6 secondes après que le sujet ait commencé l’essai, comparé aux valeurs moyennes basées sur les échantillons pris entre 0,6 et 1,6 secondes après le début de l’essai.

2.4 Variables indépendantes :

Les variables indépendantes suivantes furent utilisées :

a. Type de stimulus (Stimtype) : Pour chaque étude cette variable à l’intérieur du sujet avait deux valeurs : calme et émotionnelle. Dans la catégorie « émotionnelle » nous avons distingué deux sous-catégories : violent et érotique. Dans l’étude 2a le type de stimulus était une variable inter-sujets.

b.Temps d’exposition (Exp.time) : Pour chaque étude cette variable pour un même sujet était à deux niveaux (deux temps différents).

c.Variables chez les sujets (Ss-X) : Le sexe des sujets peut constituer une variable importante car dans la recherche normale sur la physiologie des émotions des réactions typiques/propres à chaque sexe ont été rapportées. (Greenwald et co., 1989).

d. Ratio : entre cibles calmes et émotionnelles (étude n°1 uniquement).

3) Hypothèse et analyses exploratoires :

Etant donné que ces trois études furent avant tout effectuées pour confirmer les précédents résultats de Radin (1997), la principale hypothèse était que la conductance cutanée serait sensiblement plus importante avant la présentation d’images émotionnelles qu’avant la présentation d’images calmes. Nous avons également décidé d’étudier les différences possibles entre différentes classes de photos émotionnelles ainsi que les effets du temps d’exposition.

Enfin, nous avons prévu des analyses secondaires afin d’examiner les effets séquentiels (étude 1 uniquement). Ceci parce que, dans les études rapportées ici, un système de « randomisation sans remise » avait été utilisé.

-  Nous avons exploré la différence d’effet pour les photos calmes et émotionnelles assorties par position séquentielle.

-  Nous avons exploré les effets de différents rapports émotionnels-calmes sur la distribution des modèles de pré-réponse

4) Résultats de l’étude n°1 :

4.1 Les sujets :

Dans l’étude n°1, seize sujets furent testés pendant la période allant du 4 octobre au 14 novembre 1996. Il y avait 3 hommes et 13 femmes, âgés de 22 à 57 ans.

4.2 Effet calme vs effet émotionnel :

Chaque sujet participa à 40 essais, par conséquent la série totale de données comprenait 16*40 = 640 essais de conductance cutanée ou, plus précisément, de données-GSR (réponse galvanique épidermique).

De ces 640 essais, 428 avaient des stimuli calmes et 212 avaient des stimuli émotionnels. Pour chaque essai on calcula la différence entre le premier échantillon et les échantillons suivants, donnant des courbes montrant la modification dans la conductance cutanée à partir du moment où l’on avait appuyé sur le bouton pour commencer chaque essai. La figure 2 montre la réponse moyenne pour une modification dans la conductance cutanée pour tous les essais, calmes et émotionnels.

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Le test statistique consistait à calculer la pré-réponse P selon la définition donnée dans la section sur les variables dépendantes et à effectuer ensuite un test U de Mann Whitney sur les scores qui précédaient les stimuli calmes versus émotionnels. Le résultat fut un score z de z = 2,4 avec un P correspondant de p = 0,016. L’hypothèse fut ainsi confirmée.

4.3 Effet violent par rapport à effet érotique :

La figure 3 montre le schéma moyen de la pré-réponse pour photos érotiques et violentes

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Selon la figure 3, il semble que la pré-réponse violente soit à la fois plus rapide et que son ampleur soit plus importante que pour la pré-réponse érotique. Une comparaison du variable indépendant P pour les deux types d’images donne (par test U de Mann Whitney) une valeur z de 1,65 (avec p = 0,10). Les résultats pour pré-réponse violente seule sont plutôt significatifs (z = 2,94 ; p = 0,003).

4.4 Effet du temps d’exposition :

La différence moyenne de pré-réponse entre calme et émotionnel est donnée dans la figure 4 pour les expositions longues (3000 msec) et courtes (400 msec). Bien que les différences aillent tous deux dans le sens prévu, elles ne sont que légèrement significatives dans les tests officiels (test U de Mann Whitney : valeur z = 1,72 et p = 0,085).

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4.5 Analyse secondaire :

Un certain nombre d’analyses secondaires furent effectuées afin de tester des explications séquentielles. On ne trouva aucune preuve d’une telle explication (voir Appendice 2 pour plus de détails).

5) Résultats de l’étude n°2 :

5.1 Les sujets :

32 sujets dont 16 hommes et 16 femmes, agés de 19 à 36 ans, furent testés du 17 février 1997 au 4 Mars 1997.

5.2 Effet calme versus effet émotionnel :

Chaque sujet n’avait qu’une seule exposition émotionnelle, précédée aléatoirement de 3 à 9 expositions calmes. La figure n°5 montre la différence entre les enregistrements physiologiques moyens de 32 expositions émotionnelles et ceux de 184 expositions calmes. Cette courbe montre la même tendance que précédemment : une augmentation dans la pré-réponse avant les cibles émotionnelles comparée à celle d’avant les cibles calmes. Toutefois, le test officiel donna un score z non significatif de z = 0,43 pour la différence entre stimuli calmes et stimuli émotionnels (bien sûr, la puissance statistique de l’étude n°2 était considérablement moindre que celle de l’étude n°1).

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5.3 Effet violent versus érotique :

La figure n°6 donne l’enregistrement physiologique moyen, lors de la présentation de photos érotiques versus violentes, dans l’étude n°2. Le schéma global était encore similaire à celui de l’étude n°1. La valeur maximale se produisait plus tôt lors de la présentation de photos violentes que lors de la présentation de photos érotiques. Il semble également exister une symétrie intéressante entre les courbes de réponse et de pré-réponse, surtout lors des présentations de photos érotiques. Le test statistique officiel donna un score z non significatif de z= 0,57 pour la différence entre photos érotiques et violentes.

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5.4 Effet du temps d’exposition :

La figure 7 montre la différence entre les cibles calmes et émotionnelles selon les deux temps d’exposition. Contrairement aux résultats de l’étude n°1, il semble que le plus court temps d’exposition n’ait aucune pré-réponse du tout. Il faut noter que dans l’étude n°1 le temps d’exposition le plus bref fut de 600 msec alors que dans cette étude il fut de 400 msec. Le test statistique classique donna un score z non significatif de z = 0,67 pour la différence entre les deux temps d’exposition.

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6 Résultats de l’étude N°3

6.1 Les sujets :

Les sujets étaient les mêmes que pour l’étude n°2.

6.2 Effets calmes versus effets émotionnels :

La figure 8 montre les résultats globaux de l’étude n°3. La pré-réponse est nettement visible, mais bien que la puissance statistique soit même légèrement supérieure à celle de l’étude n°1, la différence entre stimuli calmes et stimuli émotionnels n’est pas significative (z=0,9).

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6.3 Effets érotiques vs violents :

La figure 9 peut éventuellement démontrer que les stimuli violents suscitent une pré-réponse plus tôt que les stimuli érotiques. Le test statistique, cependant, ne traite que de l’ampleur des effets au cours de la période critique et, par conséquent, ne donne pas un effet significatif (z=0,14).

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6.4 Effets du temps d’exposition :

La figure 10 présente le GSR moyen pour stimuli émotionnels lors de temps d’exposition longs et courts. Le test U de Mann Whitney donne un score z de z=0,55.

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7) Discussion :

Le tableau 1 fournit un résumé des trois études. Le résultat d’une plus importante pré-réponse pour des photos émotionnelles successives que pour des photos calmes successives s’est maintenu à travers les trois études. Nous avons calculé une mesure de taille d’effet (la différence en termes de rangs moyens pour les deux cas comparés, normalisée par le rang moyen global en termes de pourcentage) afin de nous permettre de comparer quantitativement les résultats des différentes études.

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Alors que dans les trois études l’effet de pré-réponse émotionnelle vs calme est positif, dans les études 2 et 3 la taille d’effet est seulement d’un tiers. Cette réduction peut être due à l’utilisation de différents populations de sujets, mais, de toute manière, le résultat combiné confirme les précédents résultats de Radin (1997).

Sous forme de tableau, les résultats de la comparaison entre stimuli violents et érotiques sont plus confus. Le sens de la différence ne se maintient pas à travers les études, et, mis à part les sujets issus de populations différentes, le choix de la variable dépendante peut être mis en question. Dans les futures recherches, il semblerait plus souhaitable d’utiliser une variable dépendante qui reflète les modèles précis de pré-réponses attendus (c’est-à-dire la phase antérieure plutôt que la phase tardive de la pré-réponse).

Il est également difficile d’interpréter les résultats des temps d’exposition, parce que dans ces études trois temps différents furent utilisés. Il semble qu’un temps d’exposition de 600 ms donne de meilleurs résultats que 3000 ms, mais un temps d’exposition de 400 ms donne des résultats inférieurs. Il faut noter que, lors des temps d’exposition de 400ms, les sujets ne reconnaissent pas toujours le contenu émotionnel des photos. Dans ce cas, il est donc possible qu’ils ne ressentent pas toujours une émotion de manière consciente (ni même de manière inconsciente).

Etude des biais potentiels :

Radin (1997) a convenablement abordé un certain nombre d’explications classiques de ce type de résultats. En utilisant des logiciels et du matériel informatique complètement différents, cette reproduction expérimentale renforce bien la conclusion que les résultats ne sont pas dus à des artéfacts techniques.

Après les analyses originelles de Radin, la principale (et peut être unique) source d’explications restante est l’hypothèse que les sujets développèrent des stratégies d’anticipation, résultant en une physiologie anticipatoire différente, avant les photos calmes ou émotionnelles. A première vue, cela semble être une réelle possibilité. Cependant, les résultats ne soutiennent pas cette théorie puisque l’effet de pré-réponse ne dépend pas du ratio entre cibles calmes et émotionnelles d’aucune manière systématique. Si les stratégies anticipatoires reposaient bien sur le « Sophisme du Joueur », nous nous attendrions à l’existence de quelque relation systématique.

Il existe trois autres arguments contre une explication en termes de stratégies anticipatoires habituelles. Le premier est que nous trouvons des effets internes suggestifs qui ne peuvent pas aisément s’expliquer par ce genre de stratégie. Par exemple, les différences observées entre les stimuli émotionnels violents et les stimuli émotionnels érotiques nécessiteraient une stratégie anticipatoire (c’est-à-dire une stratégie de probabilité) capable de discerner à la fois entre les prochaines cibles calmes et émotionnelles, mais aussi entre deux types de photos émotionnelles. Cela semble très improbable, étant donné que les sujets ignoraient aussi bien les rapports entre cibles calmes et émotionnelles que le contenu des cibles émotionnelles.

Deuxièmement, les historiques de présentations séquentielles commençant avec une photo émotionnelle suivie d’une, deux, ou trois photos calmes, produisent toujours une pré-réponse plus importante avant une photo émotionnelle finale comparée à une photo calme finale. Ainsi, l’effet est essentiellement indépendant des ordres de présentation. Les ordres de présentation débutant avec deux photos émotionnelles consécutives ou plus, et avec des décalages plus importants, sont trop rares pour être pris en compte.

Le dernier argument est que les simulations sur ordinateur de stratégies anticipatoires ne montrent pas les principaux effets calmes vs émotionnels attendus, malgré l’utilisation des mêmes ratios-cibles d’émotionnels contre calmes et du même nombre d’expositions que dans les études actuels. Il s’avère bien que ces simulations soient sensibles au type de randomisation utilisé. Si nous utilisions une sélection aléatoire avec remise des cibles, alors les effets de simulation furent nuls. Cependant, si nous utilisions un système de mélange aléatoire sans remise, les effets variaient alors entre 0 et 10%. Cela fut une surprise, car le raisonnement esquissé dans l’introduction était attrayant.

Les stratégies anticipatoires suivantes furent testées :

1. augmenter l’anticipation d’une unité après chaque cible calme, et remettre l’anticipation à 1 après chaque cible émotionnelle.

2. doubler l’anticipation après chaque cible calme (jusqu’à un maximum de 500), et remettre l’anticipation soit à la moitié de la valeur précédente, soit à 1, après chaque cible émotionnelle.

Les effets simulés dans le cas ou le groupe cible demeure toujours entier (après chaque exposition le stimulus est remis dans le lot et non pas écarté) ne furent jamais supérieurs à 2%, alors que les effets expérimentaux observés dans les études 1 et 2 furent généralement supérieurs à 10%. Cependant, ces analyses ne sont en aucun cas exhaustives, et il peut exister des modèles d’anticipation statistique moins plausibles pouvant donner des différences plus importantes. Le point principal en faveur de l’hypothèse psi est qu’il n’y a aucune indication dans les données réelles qui soutienne un de ces modèles de stratégies séquentielles.

Cet effet est-il un cas de symétrie temporelle macroscopique ?

Officiellement, les lois de la physique sont symétriques par rapport au temps. En termes pratiques, cette symétrie temporelle est observée dans la mécanique classique mais pas dans la thermodynamique ou la seconde loi de Boltzmann force les systèmes vers des états d’entropie de plus en plus élevés. Dans un livre pertinent sur la symétrie temporelle, Huw Price analyse ce problème et arrive à la conclusion que « l’explication » habituelle, basée sur des arguments de probabilité, est incorrecte (comme s’en rendit compte également Boltzmann lui-même)(Price, 1996).

Dans une analyse de l’asymétrie observée dans la radiation (théorie électromagnétique), Price suggère que l’asymétrie est causée par les arrangements dans l’espace des absorbeurs et des émetteurs. Les absorbeurs ont tendance à être non-cohérents et les émetteurs à être cohérents. Selon Price, ceci résulte en une interférence destructrice des ondes « avancées ». Ainsi, nous observons rarement des actions rétrogrades dans la nature, à moins d’avoir un système d’absorption cohérent. Nous supposons que la conscience pourrait être un tel système. On pourrait, par exemple, suggérer que les microtubules forment un tel arrangement spatial particulier « d’absorbeur multi-particule » (Hameroff et Penrose, 1996). Un autre argument en faveur de notre conjecture est que les expériences de pressentiment en cours ne montrent aucun effet anormal, alors que les temps d’exposition sont écourtés et l’attention des sujets détournée de la photo afin d’augmenter l’impact inconscient (Murphy et Zajonc, 1993). Il semble donc qu’une expérience émotionnelle consciente soit nécessaire pour que la symétrie temporelle ait lieu.

Price démontre également qu’en intégrant la symétrie temporelle dans la physique quantique, tous les paradoxes inexpliqués liés aux problèmes de mesures, tels que la non-localité, disparaissent.

L’analyse de Price du problème de perte de symétrie temporelle suggère une continuation de ce genre d’expérience en utilisant des experts confirmés en méditation. D’autre part, les présentes données, ainsi que celles d’expériences en cours, suggèrent qu’une expérience émotionnelle consciente pourrait être nécessaire pour susciter l’effet de pressentiment. C’est-à-dire que si la personne qui médite est trop expérimentée et réussit à bloquer complètement l’image-cible de sa conscience, l’effet de pressentiment pourrait disparaître. Il est intéressant de noter que notre conjecture sur la conscience en tant que système d’absorption cohérent cadre bien avec le folklore sur la relation entre la méditation et l’apparition de phénomènes-psi. On dit qu’à un moment donné, sur le chemin du contrôle de sa conscience, des phénomènes psi se produisent spontanément. On dit également qu’on ne devrait pas y prêter attention, car cela ne ferait qu’entraver tout progrès supplémentaire dans la performance de la méditation.

Dans ce cadre spéculatif reconnu, le point de symétrie attendu sur l’axe du temps n’est pas au commencement du stimulus, mais plutôt au début de l’expérience consciente, qui serait peut être environ 500 ms plus tard. Par conséquent, le pic de la pré-réponse n’est pas prévu autour de 3,5 secondes avant le début du stimulus (où il se situerait s’il s’agissait d’une réplique exacte de la réponse, avec le point de symétrie situé au début du stimulus) mais plutôt environ 2,5 secondes avant. Cela cadre bien avec la spécification de la variable dépendante dans la section 2.3.

8 . Conclusion :

La physiologie humaine change de manière prévisible en anticipation de et suite à une exposition à des stimuli visuels émotionnels. Dans une série d’expériences rapportées par Radin (1997), on découvrit que même lorsque les stimuli étaient correctement randomisés afin qu’on ne puisse pas en déduire les stimuli à venir, les réponses anticipatoires (mesurées par des variations dans la conductance cutanée) précédant l’exposition à des photos émotionnelles étaient considérablement plus importantes que celles précédant l’exposition à des photos calmes.

Les résultats de trois nouvelles expériences, la première et la troisième étant des proches copies et la deuxième une réplique conceptuelle des études de Radin, confirment ce qu’on appela « un pressentiment » ou « effet de pré-sensation ». Dans ces études, l’anticipation ou la pré-réponse précédant les images émotionnelles, mesurée encore une fois par des variations dans la conductance cutanée, était plus importante que la pré-réponse précédant les images calmes. Une des trois études eut un effet global indépendamment significatif (U-test de Mann-Whitney avec z = 2,4 ; p = 0,008 ; à une queue) et le score total pour les trois études rassemblées fut significatif (z = 2,16 ; p<0,016 ; test unilatéral). L’étude des données suggère des différents modèles/patterns de pré-réponse pour des catégories précises de stimuli, c’est-à-dire photos violentes versus photos érotiques.

Les patterns de réponses séquentiels et d’autres artéfacts possibles furent examinés en tant qu’éventuelles explications causales normales des données. On conclut que ces données semblent uniquement pouvoir s’expliquer en tant que sorte de retour en arrière ou d’effet rétro-causal dû à l’expérience consciente. On discuta du retour par rapport au rôle de la symétrie-temps en physique. Il fut supposé que la conscience jouait le rôle d’un absorbeur hautement cohérent et était donc responsable d’une "action rétrograde" constructive plutôt que d’effets rétro-causaux destructeurs, provenant d’absorbeurs non-cohérents.

Remerciements :

Dagmar van der Neut fut l’expérimentatrice dans la première étude. Elle fut une source continue d’améliorations et d’idées. Aussi, les discussions stimulantes et la perspicacité étonnante de Rens Wezelman furent et continuent d’être primordiales dans le succès du programme de recherche. Le Parapsychological Institute offrit l’hospitalité pendant toute la durée de l’étude n°1.

Références :

Bierman, D.J. & Radin, D.I. (1997). Anomalous Anticipatory Response on Randomized Future Conditions, Perceptual and Motor Skills, 84, pp. 689-690.

Hartwell , J. (1978). CNV as an index of precognitive information. European Journal of Parapsychology, 2, pp.83-103.

Hameroff, S.R. and Penrose, R. (1996). Conscious events as orchestrated spacetime selections. Journal of Consciousness Studies 3 (1), pp. 36-53.

Murphy, T.S. & Zajonc, R.B. (1993). Affect, Cognition, and Awareness : Affective priming with Optimal and Suboptimal Stimulus Exposure. Journal of Personality and Social Psychology, 64, 5, pp. 723-739.

Price, H. (1996) Time’s arrow and Archimedes Point : new directions for the physics of time. Oxford University Press. ISBN : 0-19-510095-6

Radin, D. I. (1997). Unconscious perception of future emotions : An experiment in presentiment. Journal of Scientific Exploration, 11 (2), 163-180.

Annexes

Annexe 1 : détails de randomisation

La randomisation appropriée de l’ordre de présentation est un élément critique dans cette expérience parce que les participants ne doivent pas être capables de déduire quoi que ce soit sur les stimuli suivants. Donc les collections de stimulus étaient mélangées en utilisant un générateur pseudo-aléatoire basé sur la fonction aléatoire standard de l’environnement de programmation CodeWarrior C (CodeWarrior pour Macintosh, version 8). Les sources de ce logiciel sont disponibles sur internet. Il faut souligner que cette procédure de randomisation est réalisée au début de la présentation du premier essai et donc, une interprétation des résultats en termes de clairvoyance plutôt que de précognition est permise. (http://www.psy.uva.nl/emo_int.1)

Annexe 2 : analyses secondaires dans l’étude 1

A.1 Effet de ratio

Pour évaluer les différents ratios entre les stimuli calmes et émotionnels, une analyse de la variance a été réalisée en utilisant la catégorie de stimulus et le ratio comme facteurs et le score P comme variable dépendante. Etant donné la non-normalité de la distribution du score P, cela s’avère être une approche un peu prudente. Les résultats ont montré que la pré-réponse moyenne pour tous les stimuli cibles calmes et émotionnels était fortement influencée par le ratio (F = 15,36 ; df = 2 ; p<0.0001). Cela est dû au fait que le ratio est une variable inter-sujet et que les sujets diffèrent énormément en ce qui concerne la sensibilité psychophysiologique. Cependant, l’interaction avec la catégorie de stimulus n’était pas significative, suggérant que le ratio de cibles calmes/émotionnelles n’avait pas d’influence sur l’effet de pré-réponse calme vs émotionnel.

A.2 Couplage de la position séquentielle

Dans les analyses précédentes, les moyennes des pré-réponses étaient calculées indépendamment de la position séquentielle du stimulus spécifique. Donc, la moyenne des pré-réponses calmes était composée des pré-réponses des essais à contenu calme qui étaient précédés par un autre essai à contenu calme, mais aussi d’essais à contenu calme qui étaient précédés par un essai à contenu émotionnel. Cet assemblage d’essais avec différentes positions séquentielles peut avoir abouti à des artéfacts comme décrit dans la section Introduction.

Une solution à ce problème est de comparer les essais uniquement s’ils ont une histoire séquentielle identique. Les essais de l’étude 1 ont donc été décomposés selon leur histoire séquentielle. Nous avons comparé les dernières cibles calmes et émotionnelles avec les histoires suivantes :
-  Décalage 1 : émotionnel-calme vs émotionnel-émotionnel
-  Décalage 2 : émotionnel-calme-calme vs émotionnel-calme-émotionnel
-  Décalage 3 : émotionnel-calme-calme-calme vs émotionnel-calme-calme-émotionnel
-  Décalage 4 : émotionnel-calme-calme-calme-calme vs émotionnel-calme-calme-calme-émotionnel

Les résultats des différents décalages sont représentés graphiquement dans la Figure 11

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Figure 11. Différence entre la pré-réponse moyenne pour les stimuli émotionnel-calme avec les histoires séquentielles assorties.

On peut voir que bien qu’il y ait différentes formes d’onde pour les différents décalages dans le temps, l’image globale montre que la pré-réponse antérieure aux cibles émotionnelles est plus importante que celle antérieure aux cibles calmes. Les différents tests U de Mann-Whitney, présentés dans le tableau 2, donnent les scores z suivants :

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Tableau 2 : Test U de Mann-Whitney pour différents décalages séquentiels

Les décalages au-delà de 4 ont aussi montré un score z positif. La Figure 12 montre la somme pondérée des quatre analyses de décalages différents. C’est fondamentalement identique aux résultats montrés dans la Figure 2. Cela indique que l’effet de pré-réponse ne dépend pas de la séquence de cibles à contenu calme et émotionnel.

Somme pondérée des différences d’historiques combinés (E-C) Stimulus

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Figure 12 : Somme pondérée des différences de pré-réponse pour les cibles émotionnelles-calmes au-delà de 4 histoires séquentielles différentes.

Nous attirons votre attention sur le fait que cet article est une traduction autorisée mais non-professionnelle. Veuillez vous reporter àla publication originale.

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