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Psi et police : quelques collaborations de sujets psi àdes affaires judiciaires

Psi et police : quelques collaborations de sujets psi à des affaires judiciaires
Par Stephan A. Schwartz : ESPD blue


Stephan A. Schwartz est un parapsychologue américain ayant participé àde nombreuses recherches utilisant des protocoles de vision àdistance (remote viewing), en particulier dans le domaine de l’archéologie. Dans cet article, il propose quelques exemples de participations de sujets psi àla résolution d’affaires judiciaires.

Elise McGinley était terriblement anxieuse au sujet de son frère, André Daigle. Il était sorti dîner avec son meilleur ami, Nick Shelly, et, sur le chemin du retour, les deux hommes s’étaient arrêtés au Salon de Mitchell, un bar local, pour jouer au billard américain. Après trois ou quatre parties, alors qu’ils s’en allaient, une femme se présenta à André et lui demanda s’il pouvait la prendre en voiture. Elle expliquait que ses amis l’avaient laissée et qu’elle n’avait pas de moyens pour rentrer. Disant à Nick de continuer, André accepta de l’aider.

Cela s’était passé quatre jours auparavant et André n’avait pas été revu depuis. La police n’avait pas lancé d’enquête : un jeune homme seul/célibataire rencontre une femme dans un bar et part avec elle ; dans leurs esprits, il y avait peu de raisons de suspecter un acte criminel. La famille le ressentait différemment. Les rencontres de bar de ce genre n’étaient pas du style d’André, et il n’avait jamais manqué son travail sans le signaler. Le plus inquiétant : il gardait la maison de son frère Christian et n’avait pas fait d’arrangements pour nourrir le chat. Elise discutait avec sa famille plusieurs fois par jour tandis qu’ils organisaient la recherche que la police ne voulait pas assumer, mais il y avait peu d’autres choses qu’elle puisse faire. Ils étaient en Louisiane, et elle en Californie du Sud. Tout de même, alors que le temps passait, et qu’André n’avait pas refait surface, elle sentait qu’elle devait faire quelque chose.

A la suggestion d’un collègue, elle appela Rosemarie Kerr, voyante, et lui demanda de l’aider. Kerr dit à Mc Ginley de venir dans sa maison de Cypress, en Californie, et d’apporter une photo de son frère disparu et une carte générale de l’endroit où il habitait. Mc Ginley, qui n’avait jamais consulté de voyante, raccrocha sans savoir à quoi s’attendre, anticipant à moitié de rencontrer un quelconque praticien loufoque de l’occulte. Là-bas elle trouva en fait une femme d’âge moyen, vêtue modestement, qui aurait pu être professeur ou propriétaire d’une petite entreprise.

Lorsqu’elles s’assirent dans son salon, Kerr, prêtre ordonnée, pria tout d’abord avec Mc Ginley pour l’aider à calmer son agitation extrême et sa détresse. Puis, elle ferma les yeux, toucha la photographie d’André avec son doigt, et se mit au travail. Elle raconta à Mc Ginley qu’elle voyait de l’eau. Un long pont peu élevé. Proche des voies de chemin de fer. Il y avait quelque chose d’important à propos du chiffre sept. Les images changèrent et elle décrivit un homme avec de longs cheveux blonds sales. Un véhicule de couleur sombre. Une fille qui avait exercé une pression sur André. Alors qu’elle parlait Kerr trouva que sa tête commençait à lui faire si violemment mal qu’elle eut du mal à continuer. Elle était sûre que la douleur était quelque chose qu’André avait ressenti.

Avec ses yeux encore clos, la voyante bougea doucement son doigt le long de la carte de la Louisiane. Soudain, elle sentit un picotement et stop pa. Kerr ouvrit ses yeux et vit son doigt pointé sur la ville de Slidell, Louisiane, à 30 miles de l’habitation d’André.

Esquissant la ligne d’une route nationale, Kerr dit à Mc Ginley : « Vous trouverez le camion de votre frère ici... mais vous devez agir rapidement... vous devez le faire maintenant . »

Bien qu’il fût 11H30 du soir, Mc Ginley appela immédiatement ses parents dans la ville de Kenner, leur disant d’organiser une équipe de recherche et de se précipiter à Slidell. Quand elle expliqua la source de ses informations, la famille resta sceptique, mais son insistance les convainquit. En moins de quelques minutes, la famille et les amis s’étaient rassemblés sur la pelouse extérieure de la maison des Daigle. Ils se serrèrent les mains en priant, puis ils partirent dans trois voitures, guidés par rien de plus que les mots d’une femme qu’ils n’avaient jamais rencontrée, à 2000 miles de là.

Arrivant à Slidell après minuit, le frère aîné d’André, Christian, aperçut presque immédiatement le camion d’André qu’il reconnut grâce à un endroit cabossé dont il connaissait l’histoire. A l’intérieur de la cabine se trouvaient deux hommes. L’un avait les longs cheveux blonds filasses que Kerr avait décrits. Christian suivit le camion ; la poursuite tourna rapidement en chasse à grande vitesse. A un endroit, ils dépassèrent une voiture de police dans la minuscule ville de Pearl River, et Christian s’arrêta dans un crissement de pneus. Sa femme, Virginia, fonça vers Tom Corley, le policier derrière le volant, et le convainquit de reprendre la poursuite. Ensemble Christian et Corley coursèrent les feux arrières fuyant du camion d’André, le ratant presque alors qu’il tournait. Le choix était cependant mauvais pour le camion. C’était une voie sans issue. Lorsque le conducteur réalisa qu’il n’avait nulle part où aller, il fit demi-tour, pour finalement se retrouver coincé. Comme les véhicules se faisaient face, les moteurs en marche, l’officier Corley sortit son arme. La braquant sur le camion, il ordonna aux deux hommes de l’intérieur de se rendre. Après un moment tendu, le premier, puis le second, descendirent.

A l’intérieur du camion, le shérif trouva des armes aussi bien que des tickets de gage. Plus tard, on découvrit qu’ils appartenaient à André. Corley arrêta Charles Gervais et Michael Phillips pour suspicion d’infraction de conduite et vol de voiture.

Une fois au poste, cependant, Gervais et Phillips confessèrent tous les deux le meurtre brutal, au hasard, d’André Daigle. Le jour suivant, pour bénéficier d’un allègement de peine, Gervais conduisit le Sergent de police de Kenner, Jim Gallagher, sur le site où ils s’étaient débarrassés du corps d’André.

« Rosemarie avait indiqué qu’André serait dans un lieu près d’un long pont peu élevé, il devrait y avoir des voies de chemin de fer pas loin, et il était près de l’eau », rappelle le Sergent Gallagher. « Quand nous avons trouvé le corps, il était près d’une passerelle autoroutière (ressemblant à un pont), il y avait des voies de chemin de fer à l’est de l’endroit, et de l’eau des deux côtés des voies ferrées et de l’autre côté du pont. Elle avait indiqué que le chiffre sept était important. Juste avant de trouver le corps, nous sommes sortis de l’autoroute à la Sortie 7. Elle nous avait raconté qu’André avait souffert d’une grosse douleur à la tête. Il a été tué avec un marteau à panne fendue - frappé à mort sur le sommet de la tête ».

Le meurtre se révéla avoir été motivé par un test pervers de virilité et de complicité. Les tueurs planifiant d’aller à la New Orléans, sentaient que par un acte d’homicide commis conjointement, ils se seraient prouvés une fois pour toutes qu’ils étaient des criminels et auraient créé un lien indissoluble de chantage mutuel. Pour mettre tout cela en place, ils parlèrent à Thelma Horn, 17 ans, la petite-amie de Phillips, dans le but d’aller au bar de Mitchell cette nuit pour ramasser quelqu’un et l’attirer dans leur appartement. André n’était qu’une cible d’opportunité ; il n’y avait rien de personnel.

Gervais et Phillips furent condamnés à vie à la prison, et un an plus tard, Horn aussi. Ils exécutent leurs peines.

Est-ce une perception psychique qui a aidé Rosemarie Kerr à glaner l’information qui permit leur arrestation ? Etait-ce un coup de chance si le camion d’André passait par là après que la famille et les amis se soient rendus à Slidell ? Quand on lui demanda son avis, le District Attorney W. J. LeBlanc ne mâcha pas ses mots. « Il n’y avait absolument rien qui aurait pu être dû à la chance », dit-il. « Cette femme est une vraie voyante. C’est vraiment authentique. »

En fait, LeBlanc était si sûr que les intuitions de Kerr avaient été cruciales, que bien qu’auparavant sceptique au sujet des voyants, il a pris l’initiative presque sans précédent de lui demander de témoigner au procès de Gervais et Phillips. « Je sentais que c’était important de présenter l’histoire complète au jury », dit-il « pour leur faire apprécier la chance qu’avaient les autorités d’avoir ces personnes au procès ». A son avis, les petites idées de Kerr n’avaient pas simplement résolu un cas, mais aussi plus probablement la perpétration d’autres crimes. « Charles Gervais est probablement le plus diabolique individu que j’avais jamais croisé en tant que procureur », dit-il. « Il était, selon moi, un meurtrier de sang froid, le chef des trois, et certainement n’aurait pas hésité à tuer à nouveau ».

Les témoignages comme ceux de LeBlanc ne sont pas rares parmi les officiers des forces de l’ordre qui utilisent l’assistance de voyants - bien que ceux qui l’utilisent n’en fassent pas vraiment publicité. Dans l’ensemble du pays, seulement environ 100 départements de police travaillent ouvertement avec des intuitifs de façon régulière. Les autres qui consultent des voyants (il n’existe pas de statistiques sur leur nombre) ne sont pas comptabilisés : un officier s’assure discrètement de cette assistance, à son propre compte. Même les agences des forces de l’ordre fédérales gardent secrets de tels contacts, bien que la plupart aient fait appel à des voyants de temps à autre.

Lorsque des officiers se tournent vraiment vers des personnes intuitives pour leur demander de l’aide, des observations comme celles de Rosemarie Kerr sont typiques de ce qu’ils obtiennent. Ce sont des détails énigmatiques de la scène du crime (l’eau, le pont bas, « quelque chose au sujet du chiffre sept ») qui sont entendus fréquemment dans les enregistrements de consultations psi. Certains indices ne prennent sens que rétrospectivement, quelques uns sont à côté de la plaque, et certains ne peuvent jamais être vérifiés (à moins que vous soyez là, par exemple, il est difficile de se renseigner sur les pensées d’un homme mourant). Dans un sens, écouter le commentaire des détectives voyants est comme entendre quelqu’un décrire un film qui n’est pas toujours net - mais cela transmet intensément ce qu’à la fois la victime et l’auteur ont ressenti au moment du crime.

Donc qui sont les personnes intuitives qui font ce travail ? Des cinquante qui pratiquent un peu régulièrement , les plus occupés sont des hommes et des femmes dont les succès leur ont fait gagner une réputation internationale et partout des relations de travail solides avec les départements de police.

Ce ne sont pas des praticiens des arts occultes ; en fait, la plupart voient ce qu’ils font comme une extension des recherches de laboratoire faites par des parapsychologues. Il n’y a pas non plus quelque chose de frivole ou d’insaisissable dans leur conduite. Démographiquement, ils sont d’âge moyen et de classe moyenne. Souvent de style traditionnel, ils apparaissent comme des professionnels qui prennent très au sérieux ce qu’ils font et attachent de la valeur à leur collaboration avec la police.

Un rapport français :

La résolution d’affaires criminelles par des voyants remonte au moins à trois cents ans, si on en juge par un compte-rendu publié d’une commission désignée par le gouvernement, dans la France du XVIIe siècle. En juillet 1692, un marchand de vin et sa femme à Lyon furent brutalement tués avec un couperet à viande pendant un cambriolage. Le crime fit sensation et donc créa l’embarras lorsque la police fut incapable de le résoudre. Finalement, Jacques Aymar, un paysan avec la réputation d’être sourcier, se porta volontaire pour aider. Le procureur du roi, apparemment impressionné par les résultats d’Aymar, le convoqua à Lyon. Aymar fut emmené sur le lieu du crime ; utilisant ses outils de sourcier, il reconstruisit le crime et très vite annonça que trois personnes avaient été impliquées dans le meurtre.

Guidé par ses baguettes de sourcier, il suivit la trace d’un des auteurs jusqu’à la prison de la ville de Beaucaire où, dans une rangée de treize hommes, il sélectionna un homme qui avait été arrêté pour un autre vol quelques minutes avant. L’homme fut renvoyé à Lyon, où il confessa et valida tout des perceptions d’Aymar. Le procureur fut si impressionné de ce succès qu’il accorda à Aymar des pouvoirs légaux et lui assigna une troupe de soldats pour l’assister dans son travail. Utilisant encore ses baguettes de sourcier, Aymar repris la recherche, en fin de compte traquant les deux auteurs restants jusqu’à une auberge de Toulon - bien qu’ils aient fui la juridiction française par Gênes à l’heure où les troupes arrivèrent.

Suite à tout cela, Aymar devint célèbre et on lui demanda d’aider dans un certain nombre d’autres recherches criminelles non résolues à travers toute la France. Une commission du gouvernement fut désignée afin d’enregistrer ses efforts. Ce qui conduisit, à son tour, à une contre-investigation de la part de sceptiques, qui renvoya Aymar en tant qu’au mieux une dupe et au pire un imposteur.

De nos jours, les voyants subissent souvent le même traitement. Ils sont la cible d’un barrage presque constant venant de la critique publique, d’attaques extrêmement personnelles, fondées sur l’intention d’organisations sceptiques de dénier toute valeur ou même de validité à la clairvoyance. Ces critiques, qui en général, ne sont ni des scientifiques, ni des agents des forces de l’ordre, maintiennent que les déclarations sur les succès des voyants-détectives sont exagérées, et que les voyants en réalité gênent les investigations de la police avec de faux indices menant à de fausses pistes. Dans les publications et les sites Web, des groupes comme le Committe to Investigate the Scientific Claims of the Paranormal (CISCOP) présentent les voyants comme des personnages marginaux avec une aptitude surnaturelle : « Faire appel à l’occulte pour assister la police dans ce qui est un travail très sérieux et important, renvoie le travail d’enquêtes criminelles, et donc toute notre civilisation, au Moyen-Age », dit Paul Kurtz, un professeur de philosophie à l’université d’Etat de New York.

Il n’est donc pas étonnant, que les voyants aient tendance à garder un profil bas. Ils ne se mettent à disposition, comme Kerr, que sur l’ordre d’un membre de la famille de la victime, ou lorsqu’une des forces de l’ordre demande directement leur aide. Quelques uns, approchés par la famille, participeront seulement si la police donne son accord. La plupart des cas qui leur sont amenés sont dans un état à peu près désespéré et mettent en jeu des crimes sérieux : la mort mystérieuse ou les disparitions sont en tête de liste. Mais les voyants ont aussi aidé dans les recherches concernant des œuvres d’art volées, la disparition de certificats de valeurs, les vols de pierres précieuses, le détournement de fonds, et le vol par des employés.

Quel que soit le crime, il est donc très rare que des voyants renommés offrent leurs services ou se présentent avec des tuyaux non sollicités. Dans un sens, ils voient cela comme contraire au code professionnel ; de l’autre, cela comporte des risques.

L’un des risques est de devenir soi-même suspect. Par exemple, deux jours après la disparition très médiatisée de Mélanie L. Wribe, de Sylmar, Californie, infirmière, une femme nommée Etta Louise Smith est allée à la police et leur a raconté qu’elle avait eu une vision montrant que le corps de la femme avait été déposé dans une région rurale, le Canyon Lopez. Moins d’une heure plus tard, Smith emmena les détectives sur le lieu qu’elle avait « vu ». Le corps était là. Les détectives, cependant, doutaient beaucoup de l’histoire de Smith. Ils la mirent en garde à vue, la questionnèrent pendant dix heures et l’arrêtèrent comme suspecte dans le meurtre d’Uribe. Elle fut relâchée quatre jours après et ne fut jamais inculpée. Elle intenta un procès et gagna un jugement pour arrestation injustifiée (l’avocat de Smith, James E. Blatt, spécula plus tard que la police n’avait jamais réellement cru qu’elle était la meurtrière, mais espérait l’effrayer afin de lui faire révéler la source « réelle » de ses informations). Trois hommes sans lien avec Smith furent, en fin de compte, inculpés du meurtre et ont été condamnés à passer le reste de leurs jours en prison.

L’autre risque de se présenter avec des indices obtenus par voyance est de devenir une cible des attaques venimeuses des sceptiques, lesquels peuvent parfois être pires que quelques nuits en prison.

Noreen Renier de Gainnesville, Floride, a travaillé avec une douzaine de départements de police à travers tout le pays, dont plusieurs d’entre eux l’ont remerciée par écrit. Pourtant en 1985, elle fut démolie par John Merrell, un membre des Sceptiques du Nord-Ouest, qui criait à l’imposture dans des lettres adressées à la police et à la presse locale.

En octobre 1986, sentant qu’à moins d’entreprendre une action sa réputation serait détruite, Renier poursuivit Merrell pour diffamation dans la région de Jackson, Oregon. Des années d’appels, de contre-argumentations, de motions et d’accusations s’ensuivirent. Finalement, après presque 10 ans d’émotions déchirantes et de frais d’avocat, Renier gagna au moins la fermeture du dossier : Merrell régla - mais la somme reste non révélée parce que Renier avait passé un marché qui l’obligeait à ne plus parler du tout de cette affaire. Malgré tout, les attaques continuèrent : un site Web maintenu par Gary P. Posner des Tampa Bay Skeptics critique encore le nom de Renier.

Etant données ces retombées, pourquoi les voyants entreprennent-ils ces aides ? Il est certain que personne n’entreprend un travail de voyant-détective pour de l’argent. Beverly Jaeger, chef d’une Psi Squad, un collectif de voyants-détectives localisé à St-Louis, aux Etats-Unis, déclare : « Qui pourrait payer ? La victime est morte, la police possède rarement de l’argent pour un tel travail, et nous travaillons seulement avec la police. Même ceux qui acceptent de l’argent (quand la police ou les parents peuvent avoir les moyens de payer) n’en obtiennent pas beaucoup : Noreen Renier se fait payer 650 dollars pour deux consultations et ne fera pas plus que cela dans une semaine à cause de la charge émotionnelle que cela représente.

Bill Ward, voyant-détective de Minneapolis, qui aide la police bénévolement et serait la personne la plus active dans ce domaine, fait cette activité en plus d’un travail à plein-temps qui fait vivre sa famille. « Mon quotidien ? Je vais travailler, je rentre chez moi, écoute mes appels téléphoniques, travaille sur des meurtres, et j’ai encore d’autres appels », dit-il. « Je dors trois, trois heures et d emi. Je me lève ; avant d’aller travailler, je travaille encore sur d’autres meurtres, d’autres cas. C’est un cadeau, mais cela peut être aussi une malédiction ».

Pourtant, cela a tout de même des avantages. Ce qui semble motiver les voyants à aider la police est la gratification potentielle de résoudre une énigme, le sens du devoir qui consiste à contribuer à l’arrestation et à la condamnation d’une personne qui a pris la vie d’une autre, et la stimulation de l’ego de réussir là où d’autres ont échoué.

Certains obtiennent tant de succès qu’ils ont envie de rendre public leur travail. Jim Watson, un voyant de Los Angeles fut défié par une chaîne de télévision japonaise pour résoudre un cas non seulement à l’antenne mais dans les airs - littéralement voler au dessus du Japon jusqu’à ce qu’il ait détecté un cadavre recherché. Grimpant dans l’hélicoptère il dirigea le pilote afin qu’ils volent sur les flancs du Mont Fuji. Alors que les caméras tournaient, il désigna les pentes boisées en dessous et dit que juste sous lui se trouvait le corps d’une jeune femme. Il décrivit l’état du corps, sa posture, et quand la mort s’était produite, ajoutant que c’était un suicide résultant de l’ingestion d’un poison liquide. L’hélicoptère se posa dans une clairière, et Watson raconta aux chercheurs exactement où regarder, marquant l’emplacement sur une carte. En moins de quarante-cinq minutes le corps de la jeune femme fut trouvé, au lieu exact et dans la même position et le même état que Watson l’avait décrit. Une autopsie ultérieure confirma que la mort avait été causée par l’absorption de poison.

Que se passe-t-il lors de ces séances de voyance ? La véritable réponse est que personne ne le sait. Malgré toutes les recherches qui ont été faites, ce que la science connaît des mécanismes de la clairvoyance pourrait être écrit sur le dos d’une enveloppe. On pense que la capacité est très répandue à travers la population, de la même façon que la distribution de capacités musicales. Beaucoup de chercheurs pensent que le travail du voyant-détective implique principalement une forme de perception connue sous le nom de vison à distance ( remote viewing) : la capacité de décrire des personnes, des lieux, ou des événements à distance dans l’espace ou le temps. De quelque manière que ce soit défini, la plupart des chercheurs croient donc, après cinquante ans d’études crédibles, que les facultés de clairvoyance existent véritablement. « En utilisant les normes appliquées à d’autres domaines de la science, la conclusion est que le fonctionnement du psi a été bien établi », a écrit la mathématicienne et statisticienne renommée Jessica Utts, dans un rapport pour la CIA publié dans Statistical Sciences en 1995.

Des voyants maison :

Plutôt que de consulter un voyant, des officiers de police apprennent à devenir eux-mêmes plus réceptifs. Par des conférences et de courts séminaires, des personnes intuitives comme Noreen Renier entraînent des centaines d’officiers à développer leurs propres capacités intuitives.

Essentiellement, son entraînement comprend un court stage de remote viewing. On demanderait à des officiers de visualiser, par exemple, la cachette d’un criminel, ou de décrire des objets à l’intérieur d’un récipient scellé.

Bien que les participants aient généralement été satisfaits, de tels programmes sont encore une anomalie parmi les groupes des forces de l’ordre. Une approche moins ouvertement "psi"- et donc plus acceptée - est la forme d’entraînement offert par Kathryn Harwig, une avocate de Minneapolis, St-Paul. Son expérience de la loi, ainsi que ses quatorze années en tant qu’agent de probation, lui donne la perspective de quelqu’un de l’intérieur, et une crédibilité unique parmi ses pairs des forces de l’ordre. Ce qu’elle enseigne n’est pas tant une nouvelle technique qu’une façon différente de regarder le monde. Combinant le remote viewing avec des exercices simples de conscience de l’énergie, Harwig tente d’aider ses stagiaires à tirer partie de leurs sentiments intérieurs ou « blue sense » que chaque bon officier de police développe, et de leur révéler des façons d’appliquer cela à leur vie professionnelle.

Selon Harwig, le plus grand défi que la police doit affronter aujourd’hui n’est pas tant dans la résolution de crime de façon technique, mais dans la façon de devenir plus sensible aux communautés avec lesquels elle travaille. A cause de sa formation, elle ne soulève pas la colère lorsqu’elle signale « combien de tensions entre la police et les gens du quartier sont imputables au jugement qu’a fait en un instant un officier de police dans la rue, généralement sous la pression du stress . Supposez que vous auriez pris quelques secondes avant de sortir de votre voiture de patrouille, et aviez utilisé le remote viewing pour obtenir une meilleure compréhension de ce qui était en train de se dérouler derrière cette porte d’entrée, suite à un appel pour conflit domestique », raconte-t-elle à ses stagiaires. « Supposez que vous ayez vu un groupe d’enfants, et ayez eu un meilleur ressenti de qui ils étaient quand vous vous êtes approchés d’eux ».

Les deux dernières années, chaque nouvel officier admis rejoignant le département de police de St-Paul a suivi les cours d’Harwig, et le département de police de l’Université du Minessota offre son atelier en cours facultatif. La section régionale des gradés de l’Académie du FBI (particulièrement les chefs de police et les commandants principaux) lui ont demandé d’en parler. Elle enseigne aussi aux gardiens de prison et aux officiels plusieurs de ses techniques.

Pourquoi sa méthode est-elle si bien acceptée ? Sans doute pour trois raisons. La première est qu’ elle n’a pas de public et d’identité controversée en tant que voyant-détective. Deuxièmement, elle a été un membre respecté de la communauté des forces de l’ordre durant des années. Troisièmement, elle emploie une approche « intégrée dans la vie professionnelle normale ». Les voyants-détectives peuvent être encore considérés quelque peu avec méfiance, mais enseigner la sensibilité en tant qu’aptitude professionnelle fait partie d’un changement culturel d’attitude qui reflète beaucoup le climat de notre époque. De plus en plus, chaque structure majeure de la société américaine, de la médecine à l’armée, commence à réaliser que ses opérations fonctionnent mieux, avec moins de complications et une meilleure productivité, lorsqu’on inclut l’aspect intuitif de la conscience humaine.

Les défis à relever :

On penserait, néanmoins, que le travail du voyant-détective, particulièrement du fait de son potentiel d’application, serait le sujet d’études scientifiques intensives. Pourtant jusqu’ici, quasiment aucun dossier de recherche académique sur le phénomène n’a été fait. Pourquoi ? C’est surtout une question de priorités conflictuelles.

Un parapsychologue universitaire, étant un scientifique, se concentre sur le fait de savoir si et dans quelle mesure une information intuitive est réellement psi. Les chercheurs conçoivent des expériences - parfois extrêmement longues - pour exclure toutes les autres possibilités, pour vérifier que les nouvelles, les bavardages, le langage du corps, et une foule d’autres sources potentielles « polluantes » d’informations sont bien bloquées. Le chercheur veut aussi examiner toutes les nuances des détails que le voyant décrit. La couleur de la chemise était-elle exacte ? Y avait-il même une chemise mêlée à ça ? Qu’elle était l’heure exacte ? L’angle de l’ombre est-elle correcte ? Etc.

Un policier, au contraire, est un pragmatique avec un travail à faire : arrêter un suspect pour un procès qui sera mené devant la cour. La police n’est pas motivée pour passer le temps nécessaire à aider un scientifique à conduire une expérience en double-aveugle ou effectuer une analyse de précision post-arrestation détaillée. Si l’information passe ou seulement donne des idées aux officiers les menant vers une nouvelle et productive direction, si cela aide à résoudre le cas, ce sera suffisant. Si l’information du voyant n’est pas utile ça n’était pas un investissement majeur - juste une fausse piste de plus dans une profession remplie de fausses pistes.

Pour les officiers des forces de l’ordre en fait, les voyants-détectives sont vraiment juste une catégorie spéciale de témoins oculaires. Ce fait revient toujours même dans les rares cas où des tentatives ont été faites pour réguler l’utilisation des voyants dans les investigations. En 1981, le département de police de Pomona, Californie, a développé un protocole officiel décrivant comment travailler avec des informateurs voyants ; ce n’est qu’une variante de l’entraînement que les détectives reçoivent pour travailler avec les témoins oculaires traditionnels. La législature de l’Etat de Floride, il y a dix ans environ, a émis des suggestions similaires, et les recommandations publiées dans le journal Police Chief sont dans le même esprit. La vérité est que la police ne fait pas vraiment très attention aux perceptions psi per se et ne s’implique pas dans le débat sur leur existence. Ils veulent juste attraper des sales types.

Les organisations sceptiques, elles, bien sûr, s’intéressent de près à l’aspect psi - ne serait-ce que parce qu’elles cherchent à le réfuter. Leurs attaques peuvent embarrasser les départements de police et leur attirer de la publicité non désirée, mais ces chamailleries passent largement au-dessus des détectives qui combattent inlassablement les homicides. Dans leur esprit, si vous êtes chargés du devoir de démêler les désordres laissés par les meurtriers et les voleurs, et que le cas sur lequel vous travaillez est bloqué, tout ce qui n’est pas illégal et peut vous rapprocher de la justice en vaut la peine. L’utilisation des voyants-détectives n’est pas une science - ce qui est fâcheux, parce que le processus entier, comme les autres efforts humains, bénéficierait indubitablement d’une recherche attentive. Et ce n’est pas un remède miracle ; il y a des échecs. Mais quoique ce soit - que cela soit insuffisamment reconnu ou peu compris - cela semble suffisant pour mettre au moins des personnes très dangereuses derrière les barreaux.

Aide légale

Les voyants-détectives ne sont pas les seuls intuitifs dans les forces de l’ordre. Quelques avocats ont utilisé l’aide extrasensorielle dans des salles de tribunal - cependant on ne sait pas clairement combien l’ont fait, puisque ce n’est pas quelque chose dont ils aiment discuter.

Une personne qui parlera est le juge Howard Goldfuss, maintenant retiré de la magistrature de l’Etat de New York. Un jour, il est entré dans la salle de tribunal pour trouver une personne étrangère assise à la table de l’avocat de la défense. Les avocats présentèrent cette femme à Goldfuss, la décrivant comme une voyante. Quand il posa la question évidente - qu’est-ce qu’elle faisait là ? - ils répondirent que « le but était d’avoir une meilleure compréhension des processus de pensées des jurés », se rappelle-t-il. Le procureur objecta, mais le Juge Goldfuss trancha. Sa décision fut : « Tant que la procédure de sélection du jury n’était pas sur le point d’être interrompue, il ne devrait y avoir aucune objection ».

Pendant des années, comme le Juge Goldfuss a vu l’utilisation de voyants dans les salles de tribunaux devenir plus commune, il a réfléchi un peu plus aux implications. « L’intérêt est que cela aide à mener à la vérité », dit-il. Cependant, il y a des problèmes constitutionnels importants en jeu. Supposons qu’un voyant lise dans l’esprit d’une suspecte alors qu’elle est en train d’être interrogée ou de subir un examen contradictoire. « Cela serait très, très certainement, une invasion de la vie privée et une violation de ses droits sous le quatrième amendement », dit Goldfuss. « Et rien ne devrait être plus privé que le propre esprit d’une personne ». Et si l’information du voyant était introduite dans un témoignage, serait-elle admise ? « Je ne sais pas si la cour suprême des Etats-Unis serait prête pour cela à l’heure actuelle », dit-il. « Mais nous avons vu des changements dans la loi. Nous avons vu des changements dans l’admissibilité des preuves. » A son avis, si le recours à des voyants aide à découvrir la vérité, « nous devrions l’utiliser, aussi longtemps que c’est conforme aux droits de l’accusé ».

D’autres ont tendance à approuver tout cela - mais pour des raisons plus cyniques. « Puisque la loi permet à des consultants d’être utilisés pour aider dans la sélection du jury, les voyants sont probablement aussi appropriés que d’autres », dit le professeur Marcello Truzzi, un sociologue de l’Université du Michigan de l’Est, et co-auteur de Blue Sense, un regard sceptique mais raisonné sur l’utilisation de l’intuition dans les forces de l’ordre. « En effet, s’ils sont utilisés ostensiblement, le fait de les savoir présents peut inciter des jurés potentiels à être plus honnêtes dans leurs propres révélations », ajoute-t-il. « Puisque des consultants en psychologie -profilers - du jury se révèlent peu fiables, de toutes façons, je suspecte les voyants d’être certainement meilleur marché et d’obtenir les mêmes résultats ».

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Nous attirons l’attention des lecteurs sur le fait que cette traduction en langue française n’a pas été effectuée par un traducteur professionel. Par conséquent, nous conseillons aux chercheurs intéréssés par ce travail de se référer à la version originale disponible à cette adresse :

http://www.stephanaschwartz.com/PDF/ESPDBlue.pdf

Publication originale :

Publication history : Intuition Magazine, December 1998, pp. 26-31 ; and, Kindred Spirits, vol. 47, June-August 1999, pp. 25-28.

Site Stephan A. Schwartz :

http://www.stephanaschwartz.com/

L’IMI remercie Stephan A. Schwartz pour son aimable autorisation de publication de cette traduction.

Traduction par Corinne Perrin


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